Polémique autour de la vente d’une partie de la collection d’art Renault chez Christie’s

Polémique autour de la vente d’une partie de la collection d’art Renault chez Christie’s
Polémique autour de la vente d’une partie de la collection d’art Renault chez Christie’s
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« Composition » (1983), d’Henri Michaux. Huile sur toile marouflée sur carton, 35 cm × 24 cm. Estimation : 4 000-6 000 € CHRISTIE’S IMAGES LTD 2024

Renault est l’une des rares entreprises françaises à avoir façonné l’imaginaire des Français. Ce lien d’une marque avec le « roman national », selon la formule de l’essayiste Raphaël Llorca, alimente la contestation d’une vente aux enchères, qui se tiendra le 6 juin chez Christie’s, à Paris, trente-trois œuvres de la collection Renault, complétées par une dispersion en ligne de dessins d’Henri Michaux.

« Cette vente trahit l’esprit de la collection, elle déforme et défigure un ensemble unique »tonne Delphine Renard, après s’être exprimée dans Le Figaro. Si la psychanalyste va au front, c’est parce que cet ensemble a été forgé à partir de 1967 par son père Claude Renard, cadre supérieur à la Régie, alors entreprise publique, qui souhaitait rapprocher le monde de l’industrie et de la création contemporaine. , à une époque où l’art n’était pas l’outil de distinction et de spéculation qu’il est devenu.

Les successions de Jean Degottex, Simon Hantaï et Jesus-Rafael Soto, ainsi que celle de l’ancienne conservatrice du Centre Pompidou, Margit Rowell, successeur du peintre Georges Noël, se sont jointes à son combat. « L’esprit de ce mécénat était de constituer une collection indissociable, qui ne devra en aucun cas être revendue », ils protestent dans une tribune publiée par Le monde. Ramuntcho Matta, fils du peintre Roberto Matta, dont cinq œuvres figurent dans la vente Christie’s, est également indigné “qu’un fleuron de l’économie française sacrifie une partie de son patrimoine culturel acheté à des fins sociales”. « Pour mon père, qui m’a emmené sur ses épaules au piquet de grève des ouvriers de Peugeot, Renault était une entreprise à part, qui traitait mieux ses salariés.il ajoute. Pour lui, cette collection avait une valeur sociale et politique. »

A défaut de pouvoir contester la légalité de la vente, ceux qui ont vu la collection s’agrandir au fil des années, parfois sans aucun lien avec son cœur de métier, déplorent la méthode. « Ce n’est pas très malin de mettre sur le marché d’un coup trente dessins de Michaux, estimés très bas, annoncés sans prix de réserve. Le message est clair : « Nous voulons nous en débarrasser, penchez-vous pour les ramasser ! » », regrette Jean Frémon, codirecteur de la galerie Lelong, à Paris, qui a vendu de nombreuses œuvres à la marque au losange. Et d’ajouter : « Nous avons vendu les œuvres à des prix qui tenaient compte du fait que cette collection était publique et qu’elle n’allait pas être revendue. »

« Logique totalement privée »

C’est à l’éthique et à l’exemplarité qu’invoque Bernard Ceysson, ancien directeur du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne, reconverti dans les métiers de l’art, regrettant “que Renault est entré dans une logique totalement privée”. Le capital de l’entreprise, ouvert au privé dans les années 1990, n’en laisse désormais plus que 15 % à l’État.

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