bilan de la 77e édition… et les favoris, les Iraniens Mohammad Rasoulof, Michel Hazanavicius, Jacques Audiard

bilan de la 77e édition… et les favoris, les Iraniens Mohammad Rasoulof, Michel Hazanavicius, Jacques Audiard
bilan de la 77e édition… et les favoris, les Iraniens Mohammad Rasoulof, Michel Hazanavicius, Jacques Audiard

En cette journée de remise des prix du 77ème Festival de Cannes, on fait le point sur cette édition, avec Thierry Fiorile et Matteu Maestracci qui seront en direct sur - pour la cérémonie à partir de 18h40

- : 22 films étaient en compétition et plusieurs peuvent prétendre à la Palme d’Or, notamment Les graines du figuier sauvage par Mohammad Rasoulof…

Thierry Fiorile et Matteu Maestracci : Le cinéaste s’est échappé d’Iran, peu avant le début du festival, son film a été projeté le dernier jour de la compétition, Mohammad Rasoulof bouleverse les pronostics. Les graines du figuier sauvage est un travail acharné, on voit mal comment la Palme d’Or pourrait y échapper.

Condamné une nouvelle fois par le régime des mollahs, à 8 ans de prison, en appel, Mohammad Rasoulof, signe son film le plus frontal, le plus politique, qui n’enlève rien à ses qualités artistiques. C’est une fiction ancrée dans les événements de 2022, le mouvement « Les femmes, la vie, la liberté ».

Rasoulof incarne cette fracture de la société iranienne, entre des jeunes en quête de liberté et leurs parents tenant d’un statu quo conservateur, magnifiquement dans une famille, le père est enquêteur bientôt juge, et condamne les émeutiers. La mère est tiraillée entre lui, qui voit dans les manifestations le complot d’un « ennemi » et leurs deux filles adolescentes qui ne captent pas sur leur téléphone les vidéos amateurs de bavures et soutiennent ces jeunes.

“Je suis convaincu que la nouvelle génération, grâce à son accès aux médias, à l’information et à la sensibilisation, a réellement la communication entre ses mains et qu’elle apportera donc d’énormes changements.”

Le cinéaste iranien condamné dans son pays, Mohammad Rasoulof

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Autre long métrage qui a marqué hier, pour la dernière journée de projection du festival, le film d’animation français réalisé par Michel Hazanavicius, Le bien le plus précieux, adaptation du conte du même nom de Jean-Claude Grumberg. Le père d’un enfant dans un train en route vers les camps d’extermination le laisse tomber dans la neige pour le sauver. Le nouveau-né sera recueilli et élevé par un vieux bûcheron. Michel Hazanavicius, issu de deux familles juives, polonaise et lituanienne, s’est évidemment posé la question de la représentation de la Shoah.

« Montrer la réalité pose déjà deux problèmes. D’abord l’horreur. Et si vous ne le faites pas, vous ne pourrez pas mentir. Si vous ne montrez pas ce qui s’est passé et que vous montrez autre chose, vous donnez l’impression que quelque chose d’autre s’est produit, mais c’est ce qui s’est passé. Donc la voix est celle de la suggestion, et l’animation permet de faire ça… »

Michel Hazanavicius

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Le film sortira en novembre, sachez qu’on a la joie d’entendre la voix de Jean-Louis Trintignant, décédé le 17 juin 2022.

Une concurrence inégale cette année, mais de belles surprises…

Longtemps favori, Jacques Audiard nous a épaté, et nous ne sommes pas les seuls, avec Émilie Pérez, un opéra-film plus qu’une comédie musicale, d’une facture sublime. La conversion sexuelle d’un trafiquant de drogue mexicain, poétique, mélodieuse, drôle et merveilleusement chantée et dansée. Pourquoi pas un prix de la meilleure actrice, pour Karla Sofia Gascon, une femme transgenre espagnole, si heureuse d’être à Cannes.

C’était moins brillant chez les interprètes masculins, citons encore trois acteurs américains : Richard Gere dans le film de Paul Schrader Oh, le CanadaSebastian Stan dans le rôle de Donald Trump dans L’apprenti d’Ali Abbasi et Jesse Plemons, avec le réalisateur grec Yorgos Lanthimos, dans Sortes de gentillesse.

Première femme indienne en compétition à Cannes, le réalisateur Payal Kapadia pourrait figurer au palmarès avec Tout ce que nous imaginons comme lumière. Film en deux parties qui marque son passage du documentaire à la fiction, tant le début est réaliste. A Mumbai, trois femmes sans mari travaillent dans un hôpital. La deuxième partie du film se déroule dans le calme, au bord de la mer, où ils se retrouvent. Scènes poétiques, apparition d’un fantôme, sororité de personnages, Payal Kapadia fait une belle entrée dans la fiction, pour évoquer la condition des femmes en Inde.

« En tant que femme indienne, nous pouvons être indépendantes, mais les contraintes familiales et sociales nous empêchent d’avoir l’autonomie que notre liberté financière et financière devrait nous accorder. Et cela concerne toutes les classes, en Inde.»

Le cinéaste indien Payal Kapadia

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Le Chinois Jia Zhang-Ke a surpris le festival avec Capturé par les marées, un film réalisé en grande partie à partir de rushes et d’essais tirés de ses nombreux longs métrages précédents. Son épouse, l’actrice Zhao Tao, couvre 25 ans de l’évolution de la Chine, son personnage muet semble nous raconter à travers son silence, toute la mélancolie d’une population épuisée.

Amour ouf de Gilles Lelouche fut surtout décevant : l’histoire d’amour commencée à l’adolescence d’un bon gamin, Adèle Exarchopoulos et d’un petit attaquant qui ira en prison, François Civil, déborde de toutes parts : trop de bruit, de sang, de testostérone, des clichés et même des éclipses solaires !

En parlant de bruit et de sang, il est possible par contre que le film fou et très, très sanglant La substancedeuxième long métrage – certainement hollywoodien – de la Française Coralie Fargeat, trouve également sa place dans cette distribution de trophées ce soir, sachant que cette histoire d’actrice “a été” remplacée par un avatar plus beau et plus jeune, a électrisé le public et les journalistes, notamment internationaux, et ce genre féminin un peu mal élevé peut sans doute séduire la présidente de ce festival, Greta Gerwig, et ses jurés.

Enfin des choses très sympas dans les sections parallèles ?

On peut citer en masse les nouveaux films de Thierry de Peretti, Arnaud et Jean-Marie Larrieu, Alain Guiraudie, le documentaire La beauté de Gaza de Yolande Zauberman, Vingt dieux de Louise Courvoisier, et Le procès du chien de Laetitia Dosch qui a remporté le « Palm dog » qui récompense le meilleur chien des films cannois.

A la Quinzaine des Cinéastes, un beau millésime qui récompense feu Sophie Fillières, prix SACD pour Ma vie, mon visageavec Agnès Jaoui, le très talentueux Espagnol Jonas Trueba, remporte le Label Europa Cinemas pour Septembre sans attendrequi sortira logiquement le 28 août, la Quinzaine s’est terminée en beauté, avec le trublion Jean-Christophe Meurisse et son hilarant Pistolets en plastiquelibrement inspiré de l’affaire Dupont de Ligonnès, en salles le 26 juin.

 
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