Deux Bordelaises dans le film « Moi aussi », de Judith Godrèche, pour témoigner de violences sexuelles

Deux Bordelaises dans le film « Moi aussi », de Judith Godrèche, pour témoigner de violences sexuelles
Deux Bordelaises dans le film « Moi aussi », de Judith Godrèche, pour témoigner de violences sexuelles

Ils n’ont pas la même histoire, mais ils ont tous des conséquences à vie. Plus de 700 victimes de violences sexuelles se sont rendues à Paris en mars dernier pour apparaître dans le court métrage « Moi aussi », de Judith Godrèche. Parmi elles, deux Bordelaises : Aurélie et Caroline. Un projet mystérieux dont ils n’ont découvert le but qu’une fois sur place, après avoir répondu à l’appel à témoignage lancé via la boîte email »[email protected]». Le court métrage a ensuite été présenté en ouverture de la compétition « Un certain regard ». Avec cette initiative, l’actrice a marqué la 77e édition du festival de Cannes, mettant à l’honneur les violences sexuelles. Elle a elle-même porté plainte en février dernier contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon, pour « viol violent sur mineur de moins de 15 ans ».

Un projet artistique où les figurants apparaissent, ensemble, à l’écran. Sans parler, ils adoptent des postures symboliques, qui représentent une situation dans laquelle les a mis cette violence.

« Montrer ces marches coûte cher sur le plan émotionnel »

Sur son téléphone, Aurélie conservait des dizaines de photos : des souvenirs du tournage du film, dans lequel elle apparaît à plusieurs reprises. Celui-ci la marque particulièrement : « c’est une photo où je me couvre la bouche avec les deux mains « . Un geste également répété sur les marches de Cannes, lors de la présentation du court-métrage. Il symbolise pour elle, sans avoir besoin de parler, le silence dans lequel son histoire l’a enfermée. “J’ai été victime d’inceste quand j’étais enfant. Depuis, je vis avec toutes ces blessures, car elles ne guérissent jamais.« C’est pour faire un pas en avant qu’un soir, seule, elle écrit à l’adresse mail lancée par Judith Godrèche. Un témoignage succinct, de quelques lignes, mais qui a suffi à la faire rejoindre le tournage. Avec d’autres victimes, ils gravissent même les célèbres marches rouges de Cannes, derrière son réalisateur.

C’était complètement fou ce jour-làse souvient Aurélie en regardant une vidéo tournée sur les marches, où tous les figurants entonnent un «Debout ! Debout !” en chantant. Nous nous sentions forts, conquérants, mais en même temps tristes… Les émotions étaient liées et mélangées. Il faut savoir que derrière les paillettes, être sur ces marches est aussi très coûteux émotionnellement. Mais nous avons essayé de tirer des forces de toutes ces blessures !

Si l’expérience lui a permis de libérer sa parole, notamment avec ses enfants, elle espère qu’elle aura aussi un impact sur la société. Surtout auprès des victimes silencieuses, qui n’ont pas cet espace médiatique pour parler. “J’aimerais que mon histoire permette à d’autres victimes, mais aussi peut-être à des enfants, de sortir du silence. Montrer que nous sommes des visages, une foule, des gens comme tout le monde aussi. Il n’y a pas que les stars qui ont été victimes !“D’autres figurants du film n’ont cependant pas voulu aller à Cannes, à cause de l’ambiance”tapis rouge et affichage de la richesse», trop en décalage avec la réalité de leur vie.

Sur les marches de Cannes, Aurélie a vécu plusieurs émotions, de la combativité à la tristesse. Elle espère que le film aura un impact en dehors de Cannes. © Radio-France
ANNÉE

“Ma vie n’est pas du champagne et des paillettes”

Un avis que partage en partie Caroline, mais avec nuance. Elle a également participé au film, après avoir témoigné sur cette fameuse boîte aux lettres, de l’inceste dont elle a été victime lorsqu’elle était plus jeune. En se voyant dans le court métrage, elle a vécu cela comme une percée : «J’étais soulagé de me voir. Parce qu’au final, nous sommes invisibles tout le temps, et j’ai trouvé ça très puissant“Quant à venir à Cannes, elle n’en avait pas envie, même si elle reconnaît l’impact de l’événement.”Cannes, tout le monde en parle. Et ce film, tout le monde en a parlé, donc c’est super important qu’il soit relayé. Mais ce que j’aimerais quand même, c’est que les gens se rendent compte que subir des violences sexuelles, ce n’est pas du champagne et des paillettes !

Elle n’hésite pas à utiliser des mots tranchants. « C’est une vie… de merde ! J’ai envie de dire ce terme parce que c’est un terme un peu vulgaire, mais qui fait son effet, et parce que c’est le mot. C’est une vie de merde, se battre. Ce sont des conséquences à vie, je porte ça depuis 40 ans. Donc finalement, c’est bien qu’on soit visible là-bas, c’est sûr. Je ne veux pas que les gens croient que parce qu’il y a eu un film, parce qu’on a parlé, c’est bien, et on passe à autre chose. En fait, il s’agit surtout de cet après, mais aussi de. c’est à l’extérieur, dans le quotidien réel des gens, qu’il faut désormais travailler.****»

Le court métrage sera diffusé ce samedi soir, à 20h40 sur la chaîne TNT Culturebox.

 
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