les stratégies de l’industrie agroalimentaire analysées

les stratégies de l’industrie agroalimentaire analysées
les stratégies de l’industrie agroalimentaire analysées

Les principaux acteurs de l’industrie agroalimentaire au pays ont utilisé plusieurs stratégies pour démontrer leur opposition aux lignes directrices émises par Santé Canada lors de la révision du Le Guide alimentaire canadien, qui s’est déroulée de 2016 à 2019.

Au total, ils ont mené 366 activités politiques et commerciales, dont 82 (22 %) impliquaient la critique des données scientifiques sur lesquelles s’appuyait Santé Canada et 76 (21 %) présentaient des données inédites et triées sur le volet parce qu’elles étaient à l’avantage du industrie agroalimentaire.

C’est ce qu’a observé Marie-Chantal Robitaille dans ses travaux de maîtrise réalisés sous la direction du professeur Jean-Claude Moubarac, du Département de nutrition de l’Université de Montréal. Ses résultats ont été récemment publiés dans la revue Promotion de la santé et prévention des maladies chroniques au Canada.

Mettre à jour le « Guide » en évitant les conflits d’intérêts

Marie Chantal Robitaille

Crédit : Avec l’aimable autorisation

Au cours de l’examen, qui a duré trois ans, un comité mis sur pied par Santé Canada a été mandaté pour tenir des consultations afin de mettre à jour le Le Guide alimentaire canadien s’appuyant sur trois principes directeurs et recommandations (voir l’encadré en fin d’article).

Pour des raisons de transparence et pour éviter les conflits d’intérêts, les acteurs de l’industrie agroalimentaire ont été exclus des consultations, tout comme les experts et scientifiques financés par l’industrie.

« Cette décision de Santé Canada est appuyée par la littérature scientifique ainsi que par l’Organisation mondiale de la santé, selon laquelle la collaboration entre les secteurs public et privé peut altérer l’intérêt général en santé publique et rendre difficile l’établissement de politiques. public dans ce domaine», explique Marie-Chantal Robitaille.

De plus, la dernière version de Guide était jugé obsolète par plusieurs professionnels de santé, « qui le trouvaient inefficace et peu crédible car devenu un outil de marketing pour certains produits », ajoute-t-elle.

Même s’ils n’ont pas participé à la consultation publique, les acteurs de l’industrie ont néanmoins pu exprimer leur point de vue sur les lignes directrices en déposant 11 mémoires au Comité permanent de la santé de la Chambre des communes.

Répertorier et analyser les actions du secteur

C’est dans ces mémoires, et dans les sites Internet des 11 auteurs des mémoires, que Marie-Chantal Robitaille a répertorié les activités politiques et commerciales de l’industrie, qu’elle a regroupées en quatre grandes stratégies, soit :

  • gestion de l’information (suppression d’informations, atteinte à la crédibilité de tiers, etc.) ;
  • approches discursives (axer le débat sur les questions d’alimentation et de santé publique pour privilégier les intérêts de l’industrie) ;
  • influence politique (lobbying et contacts indirects avec les décideurs) ;
  • gestion de coalition (création d’un réseau de soutien, notamment avec les professionnels de santé et autres opposants).

« Mes travaux visaient dans un premier temps à identifier les activités politiques et commerciales menées par les acteurs de l’industrie agroalimentaire lors du développement de la Le Guide alimentaire canadien afin d’influencer le processus de révision, puis d’analyser le discours et la position de ces acteurs face aux trois principes directeurs et aux recommandations proposées par Santé Canada », mentionne l’étudiant.

Pas moins de 366 activités politiques

Les 366 activités politiques et commerciales qu’elle a recensées sont principalement menées par trois organismes nationaux, soit les Producteurs laitiers du Canada (24 %), le Conseil des jus (20 %), qui compose l’industrie des boissons sucrées et des boissons sucrées. les boissons gazeuses et la National Cattle Feeders Association (16 %).

Les stratégies de gestion de l’information ont donné lieu à 197 activités (soit une proportion de 53,8 %), tandis que les stratégies discursives ont donné lieu à 108 activités (29,5 %). La pratique de gestion de l’information la plus courante était la « suppression », qui reposait principalement sur la critique des données scientifiques en soulignant leur complexité et leurs incertitudes. Cela a donné lieu à 98 activités politiques et commerciales (27%).

Par exemple, dans leur mémoire présenté au Comité permanent de la santé de la Chambre des communes, les Producteurs d’œufs du Canada ont indiqué que le dialogue entre les producteurs agroalimentaires et les professionnels de la santé « est une étape importante pour assurer l’équilibre des opinions », illustre Marie-Chantal. Robitaille.

Le Conseil des viandes du Canada a tenté une manœuvre similaire pour justifier l’importance d’être consulté, affirmant qu’il possédait « une expertise en science nutritionnelle ainsi qu’en éducation des consommateurs ».

Des pressions qui n’ont ébranlé ni les scientifiques ni Santé Canada

Selon la chercheuse et ses collègues, les pressions exercées par l’industrie agroalimentaire sur le comité d’examen du Le Guide alimentaire canadien ainsi que sur Santé Canada sont restés lettre morte.

«C’est ce qui place le Canada avantageusement par rapport aux autres pays où l’industrie agroalimentaire a réussi à faire des gains», estime Marie-Chantal Robitaille. D’ailleurs, la littérature scientifique sur le sujet montre que l’industrie a utilisé les mêmes stratégies, notamment aux États-Unis, où les entreprises ont uni leurs forces de 2010 à 2012 pour contrer les efforts gouvernementaux visant à lutter contre l’obésité. .»

L’une des principales tactiques avancées par cette industrie est « d’exagérer les coûts qu’elle devra absorber pour s’adapter aux changements proposés et d’utiliser un ton alarmiste pour avertir le public des problèmes économiques et d’accès à l’alimentation que cela entraînera », » conclut l’étude.

Trois principes directeurs ont guidé l’élaboration du dernier « Guide alimentaire canadien »

Principe no 1 : Une variété d’aliments et de boissons nutritifs constitue la base d’une alimentation saine. Santé Canada recommande :

  • consommation régulière de légumes, de fruits, de céréales complètes et d’aliments riches en protéines, notamment végétales ;
  • inclure des aliments qui contiennent principalement des graisses insaturées plutôt que des graisses saturées ;
  • consommation régulière d’eau.

Principe no 2 : Les aliments et boissons transformés ou préparés riches en sodium, en sucre ou en graisses saturées nuisent à une alimentation saine. Santé Canada recommande :

  • consommation limitée d’aliments transformés ou préparés riches en sodium ou en graisses saturées ;
  • non-consommation de boissons transformées ou préparées riches en sucre.

Principe no 3 : Des connaissances et des compétences sont nécessaires pour naviguer dans un environnement alimentaire complexe et promouvoir une alimentation saine. Santé Canada recommande :

  • un choix d’aliments nutritifs dans les épiceries et les restaurants ;
  • planifier et préparer des repas et des collations santé ;
  • prendre des repas en famille ou entre amis le plus souvent possible.
 
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