Claudia Larochelle | Mémoires d’un « honteux »

La chroniqueuse, journaliste et auteure Claudia Larochelle revient ces jours-ci sur trois époques « fondatrices » de sa vie, avant #metoo, dans trois récits aussi torturés que ressentis, accablants de vulnérabilité, mais non dénués d’« illuminations » non plus.


Publié à 1h33

Mis à jour à 5h54

Si elle brouille volontairement les frontières entre réalité et fiction, sa plume griffée en dit encore long sur une époque pas si lointaine, que de nombreux lecteurs reconnaîtront.

Il faut savoir que l’auteur du recueil de nouvelles Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps a presque annulé le lancement de son Disgracieux, Mardi soir. Rencontrée quelques heures avant l’événement, elle était visiblement secouée par la nouvelle de la disparition de Caroline Dawson. « Chaque perte d’étoile filante vient me chercher… »

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PHOTO PATRICK SANFAÇON, -

La journaliste, auteure, présentatrice Claudia Larochelle.

Claudia Larochelle nous raconte, la voix cassée, qu’elle a écrit à l’auteur la semaine dernière, juste après son apparition dans l’émission Il y aura toujours de la culture, à Radio-Canada. « Vos paroles feront de moi une meilleure humaine », a-t-elle déclaré à Caroline Dawson. Curieusement, cela vaut aussi pour plusieurs épreuves, rencontrées et racontées ici, qui ont à la fois « brisé », mais aussi « formé » son narrateur.

De ses années d’angoisse dans un lycée privé pour sœurs (où elle a compris l’importance des amitiés féminines, la sororité s’imposant comme le fil conducteur de l’histoire), à ​​ses relations amoureuses toxiques, en passant par un certain environnement de travail journalistique assez néfaste grâce à toi, elle a eu du mal. « Cela a cultivé ma méfiance, et cela m’a aussi humanisé. Cela m’a fait prendre conscience d’une certaine fragilité, et de l’importance du respect des autres… », dit-elle.

Le pouvoir de la fiction

On ne sait pas exactement si Claudia Larochelle parle ici d’elle ou de son alter ego, et c’est évidemment intentionnel. Parce que les deux s’entremêlent au fil des pages de son Disgracieux, et sont souvent une seule et même chose. Mais pas tout le temps, évidemment.

Attention : il faut savoir que ce récit est publié ici dans le recueil III, de QuébecAmérique, qui revient sur trois moments marquants de la vie de différents auteurs sélectionnés (on a eu droit à Marc Séguin, Lorraine Pintal, Catherine Mavrikakis, etc.) , tout en précisant ceci : « Peut-être y a-t-il une part d’invention qui s’insinue. Peut-être pas. »

En conclusion, Claudia Larochelle ajoute : « L’intérêt de ce projet ne réside pas dans la quête de vérité, plutôt dans la volonté de faire la lumière sur une époque précise, au seuil de grands bouleversements, où tout était au bord de l’effondrement. ‘exploser. »

Quelque part au tournant du nouveau millénaire, comprend-on, avant la vague de dénonciations autour de #metoo, et la petite révolution dans les rapports de genre qui a suivi.

Toujours. Bien sûr on sera tenté de deviner qui étaient ces patrons et autres « mononcles » toxiques de service, aux comportements aussi inappropriés, dans une rédaction où régnait un « sexisme ordinaire » qui a bien failli la tuer. “On m’a dit que les salauds avaient pris leur retraite et que les plus jeunes se taisaient depuis ce sauveur #metoo”, a-t-elle écrit. Certes, on demandera le nom de cette amoureuse de la politique qui l’a tant fait souffrir – prise, jetée, reprise, rejetée – comme elle l’écrit de sa plume acérée, d’une vulnérabilité déchirante. « La fiction me sauvera toujours », répondra habilement le principal intéressé. C’est le plus grand carré de sable, celui qui donne la plus grande liberté. »

Claudia Larochelle se réfugie donc dans ce « flou artistique » autofictionnel et ne s’en cache pas. Elle précise qu’elle ne veut dénoncer personne (« ce n’est pas le but »), mais plutôt témoigner d’une époque entre les deux, dont on n’a selon elle pas assez parlé. «Je veux laisser une trace de ce que je portais de mes prédécesseurs qui ont lutté», a-t-elle déclaré, «et de ce que j’ai considéré comme un éclaircissement. Je veux être témoin de cela pour ma fille. »

La vie nous arme

Une telle prise de parole demande encore du courage, lui rappelons-nous. Elle parle plutôt d’une « impulsion ». «Je n’aurais jamais fait ça auparavant», reconnaît-elle.

Je n’aurais jamais fait ça il y a cinq ans. Je n’étais pas assez fort, mais maintenant je n’ai plus rien à perdre. Comme si s’exprimer était plus important qu’on ne le pense.

Claudia Larochelle

Le fait est qu’elle a aujourd’hui 46 ans (« Je n’aurais pas fait ça à 26 ans ! »), a acquis de l’expérience, et la maternité l’a aussi transformée, ajoute l’auteur de la série pour les tout-petits. petit La couette. «Ça se solidifie. Dans une certaine mesure, cela vous sauve la vie… »

Entre autres sursauts de vulnérabilité, Claudia Larochelle ajoute : « Je suis moins fragile. Je suis toujours aussi sensible, je traîne toujours mes névroses, mes obsessions, on ne change pas beaucoup, mais on fait avec. La vie nous arme…», glisse-t-elle.

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PHOTO PATRICK SANFAÇON, -

Chroniqueuse, animatrice et auteure Claudia Larochelle

Et puis il y a eu ces fameuses « clairières », comme on l’a dit : ici et là de très belles personnes, notamment celles qu’elle appelle ses « veilleuses », de grandes amitiés et des alliés précieux, qu’elle parsème ici ou là dans le récit. Des hommes bons aussi, qu’elle a appris à reconnaître et à aimer (notamment le père de ses enfants, ainsi que son partenaire actuel). Sans compter plusieurs auteurs, que Claudia Larochelle cite abondamment dans le texte, de sa grande amie Nelly Arcan à Marguerite Duras, en passant par Annie Ernaux et Virginie Despentes.

Des femmes dont la plume l’aide à se réconcilier avec son passé, à mettre des mots, un baume, sur son vécu. Elle les appelle gentiment ses « consolateurs ». Et de conclure à son tour : « J’ose espérer, très humblement, que mes paroles seront consolantes… »

Le disgracieux

Le disgracieux

Claudia Larochelle

Amérique québécoise, Collection III

127 pages

 
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