« Anora », une formidable odyssée de la progéniture dégénérée du néocapitalisme

« Anora », une formidable odyssée de la progéniture dégénérée du néocapitalisme
« Anora », une formidable odyssée de la progéniture dégénérée du néocapitalisme
>>
Ivan (Mark Eidelstein) et Ani (Mikey Madison) dans « Anora », de Sean Baker. DREW DANIELS/LE PACTE

SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION

Sean Baker est né à New York en 1971 et quelque chose de cette décennie s’est imprimé dans la chair des films qu’il a commencé à réaliser du début des années 2000 jusqu’à aujourd’hui. Une tendresse pour les marginalisés indéfendables et autres escrocs d’arnaques, un goût pour le sale, un voyage vers la face B de l’Amérique, une manière canaille de jongler avec ses facettes trash et flashy. Anorason dernier long métrage, arrivé à point nommé mardi 21 mai pour réveiller la compétition cannoise, perpétue le même esprit insoumis, mais en l’élevant cette fois aux dimensions d’une formidable odyssée entre rejetons dégénérés du néocapitalisme.

Lire la critique (2021) : Article réservé à nos abonnés A Cannes 2021, « Red Rocket », la triste épopée de Mikey Saber, acteur classé X

Ajouter à vos sélections

En 2021, Fusée rougequi avait valu au cinéaste l’accès à la compétition, racontait les déboires d’un acteur porno en marge, déployant des trésors de conviction pour revenir au métier. Anora, quant à lui, porte le nom de son héroïne, une jeune strip-teaseuse de Brooklyn, que l’on découvre attirant les clients d’un club avec des néons rouges et des haut-parleurs vrombissants, pour les conduire dans des cabines privées où leur prodiguer une danse lascive. Sean Baker s’intéresse aux travailleuses du sexe car elles offrent l’incarnation ultime de la classe ouvrière du 21ee siècle : des personnages qui entretiennent une relation transactionnelle avec leur corps et n’hésitent jamais à dépenser de l’argent pour faire avancer la fiction.

Anora préfère s’appeler Ani (Mikey Madison, vu dans la série Des choses meilleures), manière d’effacer ses origines ouzbèkes. Un soir, elle croise un sympathique gamin, Ivan (Mark Eidelstein), fils d’un oligarque russe, avec qui elle s’entend grâce à quelques mots échangés dans sa langue maternelle. Ivan l’accueille dans sa propriété de luxe, lui propose ses services d’escorte rubis, l’emmène en voyage en jet privé jusqu’à Las Vegas où ils se marient sur un coup de tête.

Distance de classe

Ani pense avoir remporté le prix, mais les parents d’Ivan, furieux, ne le voient pas du tout de la même manière. A la suite des tourtereaux, ils envoient leur bricoleur, l’Arménien Toros (Karren Karagulian) flanqué de deux chiens (dont un joué par Yuriy Borisov, le passager bourru du Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen), afin de revenir coûte que coûte sur cette mésalliance.

Ce qui se présentait jusqu’alors comme un conte de fées banal, où le prince charmant serait un enfant gâté et la princesse une prostituée, change soudain de braquet et se reconfigure en une comédie d’action. Après avoir décrit un voyage en apesanteur à travers des lieux d’hyperluxe contemporain et de jeunesse dorée, le film atterrit dans les rues de New York, du côté d’une réalité qui grince et cogne.

Il vous reste 49,82% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV Thomas Dutronc évoque l’état de santé de sa mère Françoise Hardy
NEXT Idées pour un déjeuner protéiné