la devise d’Augusta Oteiza, 112 ans, doyenne de Nouvelle-Aquitaine

Il s’agit d’une photo prise le 3 mai 2024 dans l’Ehpad A Noste Le Gargale à Boucau (64). On y voit un petit bout de femme, élancée, entourée de sa famille et du personnel soignant, debout dans une blouse bleue. Au fond, une salle remplie de ceux que l’on devine être les habitants des lieux. Un généreux gâteau d’anniversaire est à l’honneur. On y lit : Mmoi Oteiza, 112 ans. Ce numéro attire le regard et donne une autre dimension au cliché ordinaire. Dans la discrétion d’une maison de retraite basque, nous avons célébré la doyenne de Nouvelle-Aquitaine, dont le prénom était Augusta.

Le super-centenaire, tel que recensé par l’Insee, est né le 3 mai 1912 dans les Landes. La même année que l’abbé Pierre, Lucie Aubrac et Robert Doisneau. A l’image de ces destins prestigieux, elle a vu au cours de son siècle le monde changer radicalement. Et tandis que les grands noms de sa génération sont disparus, la vie modeste et anonyme d’Augusta Oteiza, mère de six enfants, est portée par l’éclat et la démesure de son âge.

Il n’y a pas de secret de cette longévité extraordinaire, si ce n’est “une santé exceptionnelle”, confie sa plus jeune fille, Josette Cizelle-Oteiza, 73 ans. “Dès 40 ans, maman ne prenait plus aucun médicament, et jusqu’à cette année où elle a fait une mauvaise chute, elle ne suivait aucun traitement”, constate-t-elle.

A ses côtés, Solange Daguerre-Oteiza, 82 ans, troisième enfant du doyen, évoque un caractère fort et déterminé. Une philosophie a guidé cette ligne de vie : « Acceptez ce qui vous arrive, les bons comme les mauvais moments, sans colère. » Telle est la devise d’Augusta.

Premier emploi à 12 ans

Pour retracer la biographie de l’ancien régional, il faut se rendre à Cauneille, village à quelques kilomètres de Peyrehorade. C’est là qu’elle est née dans une famille de huit enfants sans grande fortune – son père était métayer – à la veille de la Grande Guerre. En ces temps troubles, la petite fille a été envoyée chez son oncle et sa tante à Anglet, à l’âge de 7 ans. « Ils n’ont pas pu avoir d’enfants, ses parents l’ont fait par compassion, mais notre mère a beaucoup souffert de cette séparation, » confie Solange.

En termes de regrets d’enfance : le certificat d’études primaires. Augusta, une étudiante studieuse, ne passera pas le diplôme. Dans son environnement très pauvre, l’éducation passe au second plan : en 1924 – la petite fille a 12 ans – l’école cesse pour les ménages et, deux ans plus tard, elle est engagée comme commis chez un boucher anglo pour lequel elle livre les commandes. « Maman nous a apporté ces souvenirs sur le tard, explique Solange. Ce n’était pas la culture de la maison de raconter des histoires. »


Augusta, dans les années 1920, où elle travaillait comme commis chez un boucher anglo-saxon.

Famille Oteiza

On découvre également dans la malle Oteiza ce qui faisait rêver un adolescent de l’entre-deux-guerres d’être soumis à de durs travaux. Interdit de lire, elle cachait des livres dans les fourrés près de sa maison, route du Petit-Palais, à Anglet. « Quand ma tante l’envoyait faire des courses, elle s’arrêtait là pour lire. Et parfois, elle oubliait la commande et se faisait gronder en rentrant à la maison. »

Dans sa bibliothèque improvisée, elle affectionnait particulièrement « Les Prédictions de Nostradamus ». Que trouve-t-elle dans ces écrits sur l’avenir et les malheurs de l’humanité ? Une chose est sûre : l’intérêt pour la lecture ne l’a jamais quittée. Presse, romans, ses filles la voyaient toujours avoir de quoi lire sous la main.

La force d’une mère

Le 3 août 1935, à l’âge de 23 ans, Augusta épouse Celso, dit Georges, Oteiza. Une autre époque commence, qui voit la jeune femme entrer dans le rôle maternel, son nouveau métier. De cette union sont nés six enfants, trois garçons, trois filles. Et les hauts et les bas de la vie de famille. L’aîné est décédé d’une méningite à 18 mois, son cinquième fils à 3 mois et demi d’une allergie suite à une injection de pénicilline. Ces drames plongent la mère dans la dépression, qui se relève toujours.


Photo de mariage, 3 août 1935 : Augusta épouse Celso, dit Georges, Oteiza.

Famille Oteiza

« Sa plus grande peur a toujours été de voir ses enfants mourir », souligne Josette. C’est le drame de la longévité : voir disparaître ses proches. « Papa est parti un mois après sa retraite en 1975, maman est veuve depuis quarante-neuf ans. » Aujourd’hui, la fratrie compte six frères et sœurs : Solange, la troisième, et Josette, la cadette. Mais, joie de longévité, Augusta est ravie d’être entourée de ses 9 petits-enfants, ses 20 arrière-petits-enfants et 9 arrière-arrière-petits-enfants.

Quant à générer des générations de super-centenaires, Solange, à 82 ans – et dans une forme à faire pâlir les jeunes – a son idée : « vivre aussi longtemps », très peu pour elle…


Été 2023, Augusta, 111 ans, aux couleurs de la Fête de Bayonne lors du repas organisé à l’Ehpad A Noste Le Gargale à Boucau.

Famille Oteiza

 
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