Mythe revisité et combat d’expert autour de Jeanne Duval, la « Vénus noire » de Baudelaire

Mythe revisité et combat d’expert autour de Jeanne Duval, la « Vénus noire » de Baudelaire
Mythe revisité et combat d’expert autour de Jeanne Duval, la « Vénus noire » de Baudelaire

Deux études, coup sur coup, lèvent le voile sur la muse qui a inspiré le Fleurs du mal. Avec des révélations identiques qui soulèvent des questions sur un éventuel plagiat.

On ne savait presque rien de Jeanne Duval, muse du poète Charles Baudelaire. On le découvre sur une grande toile d’Edouard Manet, sur quelques photographies, dans des croquis des papiers du poète. Un siècle et demi après sa mort, deux publications concomitantes révèlent de nouveaux détails sur la vie de la « Vénus noire ». Au point de susciter des interrogations : coïncidence ou plagiat ?

Pour Ali Kilic, tout commence fin 2021. Ce professeur de français dans un lycée de Strasbourg, féru de recherches généalogiques, décide de percer le mystère qui entoure la vie de Jeanne Duval, maîtresse de Charles Baudelaire, qui lui a consacré plusieurs des poèmes à Fleurs du mal. On dispose de peu d’informations sur celle qui se fait tantôt appeler Jeanne Duval, tantôt Jeanne Prosper ou Jeanne Lemer. Ses dates et lieux de naissance et de décès, ses origines et même son vrai nom sont inconnus.

Après de premières recherches infructueuses sur les registres d’état civil disponibles en ligne, Ali Kilic a étendu ses investigations à toutes les Jeanne, Duval ou Prosper décédés après Baudelaire dans un rayon de 20 km autour de Paris. C’est alors qu’apparaît l’acte de décès d’une certaine Florinne, Jeanne, Gabrielle, Adeline, Prosper, décédée le 20 décembre 1868, à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Couturière, née à Port-au-Prince en Haïti, elle est domiciliée au dépôt de mendicité.

Sur les traces de l’Haïtienne Jeanne Duval

En tirant ce fil, le professeur remontera sur ce qui semble être l’acte de naissance haïtien de Jeanne Duval, daté du 18 novembre 1818 et conservé et numérisé par l’église mormone sur le site familysearch.org. Puis, dans les registres des passagers, il retrouve la trace de son arrivée au Havre, le 21 juillet 1821, trois mois après la naissance de Baudelaire, à bord du voilier Grand Amédée, aux côtés de sa mère et de sa sœur. Grâce aux archives numérisées de l’Assistance publique, Jeanne Duval peut ensuite être suivie lors de ses admissions dans les hôpitaux parisiens. Elle rencontre Baudelaire à l’âge de 23 ans, en 1842.

En novembre 2022, quand Ali Kilic soumet ces découvertes à André Guyaux, qui codirige la revue L’année Baudelaireil montre immédiatement de l’intérêt. “C’est très important, comme tout ce qui lie le biographique et le poétique chez Baudelaire”, explique à l’AFP le professeur émérite de Sorbonne Université. Le codirecteur de la revue, Antoine Compagnon, de l’Académie française, a également lu l’article. “Il a été impressionné”assure André Guyaux.

Ces découvertes, qui restent à l’état de « un faisceau d’hypothèses très probables »permettent notamment d’identifier la dédicace JGF (Jeanne Gabrielle Florine) sur le poème Héautontimorouménos et sur Paradis artificiels, souligne-t-il. Trois des quatre grands-parents de celle que l’on surnomme la Vénus noire sont blancs, souligne également André Guyaux. « Le mythe de la muse qui vient d’Afrique tombe un peu »il a dit.

Deux recherches et la même découverte

Toutes ces révélations devaient être publiées dans l’édition 2023 de L’année Baudelaire. Mais la préparation d’une nouvelle édition des œuvres de Baudelaire par la Bibliothèque de la Pléiade, à paraître le 16 mai, a reporté sa publication à… septembre 2024.

Un retard regrettable pour le professeur. Entre-temps, l’écrivaine Catherine Choupin, spécialiste des muses des artistes, donnait à peu près les mêmes informations dans Révélations sensationnelles sur Jeanne Duval, la muse de Baudelaire. Cet ouvrage auto-publié a été publié le 27 avril 2024.

« Fortement aidé par un ami proche », l’écrivain dit avoir mené des recherches similaires pendant trois mois. Recherches qu’elle poursuit dans les archives de la préfecture de police de Paris, où elle découvre que Jeanne Duval n’a jamais été incarcérée à la prison pour femmes de Saint-Lazare, réservée aux prostituées, contrairement aux informations rapportées. de certains auteurs.

« Je ne sais pas si c’est du plagiat ou du vol, mais (Catherine Choupin) pris quelques informations de mes recherches »assure Ali Kilic, toujours sous l’influence de “déception”. “Ou alors c’est vraiment une coïncidence de date assez incroyable…”, il dit. Catherine Choupin affirme n’avoir jamais entendu parler des conclusions du professeur strasbourgeois. « Comment aurais-je pu le savoir ?elle demande. “J’aurais fait, sans le savoir, les mêmes découvertes (…) C’est surprenant, mais possible”, Elle ajoute. Elle doit publier une biographie de Jeanne Duval le 21 juin.

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