Maya Boisgallays, graveuse oubliée et artiste vaudoise à redécouvrir

Maya Boisgallays passe de l’obscurité à la lumière

Publié aujourd’hui à 11h31

Il y a une petite vague à l’âme qui flotte dans les salles du musée L’Atelier De Grandi à Corseaux. Maya Boisgallay, l’artiste qui y expose, ne verra pas ce coup de coeur pendant son travail, restant trop confidentiel au vu de sa verve créatrice. A 75 ans, la Montreusienne a perdu ses repères, comme ses attaches, dans le monde qui va et vient.

Mais face à ses gravures réalisées au cours d’une carrière de près de quarante ans, des pièces parfois monumentales ou orchestrées en séquence de deux, trois ou plusieurs feuilles, toute sa force d’artiste est avec nous. Passionné. Conquérant. Comme possédé par une inspiration infinie.

Une énergie absolutiste qui dure, se renouvelant sans cesse dans son évocation d’un feu intérieur, comme dans la décision de ligne. Il y a celles de « Uber Tälern und Menschen (au-delà des vallées des hommes) », impressionnante architecture de lignes qui plongent dans l’obscurité et en émergent en laissant filtrer quelques jets de lumière. Ils sont denses. Héroïque. Et si élancés, comme s’ils voulaient étendre leur fureur de vie au-delà de la feuille.

Il y a aussi les variations très complexes de « Das Opfer (le sacrifice) » traversées par une foule noire qui ondule, se brise et éclate. Prêt à renaître ! La figure ne fait guère partie de l’œuvre de Maya Boisgallay, moins universelle que la religiosité qui l’habite. Et cette âme qui gravite dans ses cycles intitulés « Duo », « Tragique » ou encore « Carcération ». Autant de pages pour autant de veines noires, rayures, hachures ou fluides qui organisent l’espace sensible. Il reste encore ces « Captures » qui sont étrangement plus harmonieuses et plus paysagées.

« La Capture I », 1999. gravure sur papier Rives (27,5 x 27,5 cm)

Le geste avant tout

Mais qui est cet artiste ? Cette chercheuse inconditionnelle de sens, cette graveuse armée de son burin, cette magicienne de la taille-douce ainsi qu’une technicienne hors du commun qui travaillait avec sa propre presse ? Qui est cette créatrice qui incarne la métamorphose en jouant avec des plaques qu’elle superpose, duplique ou encore divise ? Qui est… Maya Boisgallay ?

Maya Boisgallays.

L’œuvre publiée à l’occasion de cette exposition – une belle habitude pour L’Atelier De Grandi qui a déjà réveillé le travail pictural du sculpteur Casimir Reymond ou celui de Bosshard – partage son image, à la fois douce et pénétrante.

Il explore également la vie de cette artiste née à Montreux, formée aux Beaux-Arts de Lausanne (1970-1975), mariée au compositeur Jacques Boisgallais avec qui elle vivait à Paris. Toujours attaché au lac Léman au point de le reconnaître à l’effet miroir de la plaque de cuivre avec « ses étincelles si puissantes que l’œil est totalement incapable de les supporter ».

« Léman », 1995. Gouache sur carton (15,5 x 20,5 cm).

Alchimiste, l’artiste vue dans des expositions personnelles et collectives, invitée à d’importantes biennales ou triennales internationales de gravure, mais plus depuis 2013, date du dernier accrochage en Suisse de son œuvre à la Maison Visinand à Montreux, s’identifie au geste de le graveur. C’est, a-t-elle assuré, « cette force qui motive le travail ».

Maya Boisgallay dessine également, crée des livres d’artiste et peint. L’exposition Corseaux, montée avec le Fondation des Ateliers d’Artistes à Saint-Maurice, où est conservée sa production, et avec ses amis, en témoigne. Comme elle met en valeur un graveur qui a su percer les ténèbres avec art, cœur et manière.

Corseaux, Musée Atelier De Grandi, jusqu’au 27 octobre, jeudi. au Soleil. (13h30-18h). atelierdegrandi.ch

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Florence Millioud a rejoint la section culturelle en 2011 par passion pour les gens de culture, après avoir couvert la politique et l’économie locales depuis 1994. Historienne de l’art, elle collabore à la rédaction de catalogues d’expositions et d’ouvrages monographiques sur les artistes.Plus d’informations

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