Toulouse. Claude Sicre, l’homme qui a fait chanter Nougaro sur le toit du Capitole

Par Gabriel Kenedi
Publié le

8 et 24 mai à 19h06

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[SÉRIE NOUGARO VU PAR… / EPISODE 2 : CLAUDE SICRE].

A l’occasion des 20 ans de la disparition de l’immense Claude Nougaro, - Toulouse est allé à la rencontre de plusieurs artistes toulousains, afin qu’ils nous parlent de « leur Claude ». Pour ce deuxième épisode, Claude Sicre nous raconte sa rencontre avec Claude Nougaro, avec qui il s’est lié d’amitié après lui avoir fait une proposition pour le moins audacieuse : chanter sur le toit du Capitole pendant le Carnaval de Toulouse !

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Quand on demande Claude Sicré Pour se souvenir de sa première rencontre avec Nougaro, le chanteur du Fabuleux Troubadour, aujourd’hui retiré dans sa campagne au large de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne), répond : « Je l’ai rencontré une première fois dans le Couloirs d’une discothèque à Toulouse. Cela devait être en 1966 ou 1967… mais je ne lui ai pas parlé ! « .

Il aura fallu attendre encore 20 ans pour que les deux Claude – qui ont 20 ans d’écart – se rencontrent réellement. Et comment !

Un pari fou : faire de Claude Nougaro le roi du carnaval

Les deux Claude, Claude Sicre et Claude Nougaro, dans le quartier Arnaud-Bernard. (©T. Chateau / Archives personnelles de Claude Sicre)

A l’époque, le Fabuleux n’existait pas encore et Claude Sicre était le vice-président de Cocu, l’association qui organise le carnaval chaque année. Les deux Claude se retrouvent donc à la toute fin de l’année 1986, à l’occasion du réveillon du Nouvel An.

Claude Sicre fouille dans sa machine à mémoire : « En 1985, on organisait le Carnaval et on avait des problèmes avec la mairie. Il y a eu de toutes petites émeutes sur la place du Capitole, à l’arrivée du carnaval, et le maire de l’époque (Dominique Baudis) s’est mis en colère. En 1986, nous sommes allés à Bahia pour faire le carnaval et en septembre, nous nous sommes posé la question de savoir si nous ferions à nouveau le carnaval à Toulouse. Le président du Cocu, Jean-François Laffont – nous étions tous les deux place du Cap – m’a lancé l’idée de faire venir Nougaro, j’ai trouvé ça très astucieux, car le maire aurait eu du mal à s’impliquer. s’y opposer, et qu’il fédérerait les Toulousains. Mais, à mon avis, il fallait trouver une idée un peu extraordinaireà la fois pour honorer Nougaro, qui venait de se faire larguer par sa maison de disques parisienne, Barclay, et pour montrer qu’à Toulouse, on savait inventer et rire, qu’on n’était pas des provinciaux gna gna gna… » .

Et Sicre, qui se présente comme « ingénieur du folklore » a immédiatement eu l’idée : « On a couronné Claude, roi du Carnaval, on lui a demandé d’écrire une chanson spéciale… et on l’a fait chanter sur le toit du Capitole… Le président a réfléchi 30 secondes maximum, c’était énorme quand même. , puis il m’a giflé la main et a dit Banco ! « .

« Vous voulez me faire chanter à cause de la tête de mon père ? »

« J’avais pour mission de contacter Nougaro. Comme j’étais ami avec Bernard Lubat (batteur historique de Nougaro), il a invité Claude Nougaro et son épouse, Hélène, au réveillon, dans son moulin d’Uzeste (Aude). À l’époque, Nougaro ne me connaissait pas vraiment, car je n’avais même pas lancé Fabulous. La première chose qu’il m’a dit quand je lui ai fait part de mon idée a été : Vous voulez me faire chanter à cause de la tête de mon père ?. Parce que son père était chanteur lyrique au Capitole. On a ri un moment, je lui ai parlé de l’ambition de Toulouse Capitale de la Culture, et très vite, il m’a posé des questions très pratiques. Je lui ai expliqué qu’il y aurait une sécurité au sommet, qu’il serait attaché et qu’ensuite on le descendrait avec une grue sur un camion sonorisé, qu’il ferait le tour de Toulouse et qu’on finirait au Parc des Sports (le Île Ramier, ndlr). Je ne lui ai pas caché qu’on était un peu en colère contre le maire… Il m’a dit : ‘Je m’en occupe !’ ».

« Nougaro s’est fait confectionner une tenue légère, c’était magnifique ! »

Nougaro dans sa tenue de roi du Carnaval. (©Mairie de Toulouse / archives)

Nougaro sur le toit du Capitole ? L’idée, bien qu’un peu folle, était séduisante ! « Je me suis dit, dans ma petite tête, qu’il y aurait des jeunes au Carnaval, dont certains découvriraient Nougaro, que ça amènerait tous les fans de Nougaro mais aussi beaucoup de Toulousains qui aimeraient voir l’exploit ! Et ça a marché, on a mixé ces trois publics», ajoute-t-il en tant qu’ingénieur.

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Le carnaval a eu lieu en mars 1987. «Nougaro s’est fait confectionner un costume de lumière, un costume de torreador-cantador, il était magnifique ! Il a chanté sa chanson. Malheureusement, il n’a pas été enregistré, nous n’en avons que des petits morceaux… c’est dommage ! Ensuite, il est monté dans le camion son et nous sommes partis dans les rues de Toulouse, en prenant la rue d’Alsace, la rue du Languedoc et tout ça… Nous sommes allés au Parc des Expos avec toute la foule et là, Nougaro a encore chanté. »

Voici une vidéo d’archive de l’INA, qui retrace la soirée carnavalesque :

Le début d’une longue amitié

Claude Sicre ajoute : « Il était très content d’avoir fait ça. Cela m’a valu une gratitude éternelle ! De là, nous sommes devenus très amis. Chaque fois qu’il venait à Toulouse, il venait chez moi, dans mon quartier d’Arnaud-Bernard, ou m’invitait chez lui.

« Chez lui, il l’appelait les favelas Arnaud-Bernard. Elle n’a pas encore été transformée comme elle l’est aujourd’hui. Tout était fait de bric et de broc, il y avait partout des cours vagues, des appartements bricolés au fil des années de conception extravagante, il y avait des Espagnols, des Maghrébins, des Italiens, des Portugais parmi de nombreux Français. originaire de la campagne qui parlait patois, mon voisin avait des poules et un coq dans son jardin, un monde fabuleux… Ce n’était pas le coin, mais il y avait bien un petit côté favela, que Claude avait connu à Rio. Claude Sicre rit aujourd’hui.

Du Carnaval à Nougayork

Nougaro et Sicre (©Archives Claude Sicre)

De là à dire – selon la légende – que le carnaval de Toulouse a relancé la carrière de Nougaro, qui sort quelques mois plus tard, à 56 ans, le disque Nouga Yorkson plus grand succès populaire ?

” Non! », Claude Sicre répond clairement : « Ce n’est pas le carnaval qui lui a donné son enthousiasme. Il l’avait déjà ! Pour prendre le risque de grimper sur le toit du Capitole, avec des gars plus ou moins respectés comme nous, il fallait déjà être gonflé à bloc ! C’est vrai que le carnaval a été un succès, mais Claude était déjà amusant ! », assure-t-il en terminant en occitan toulousain (a fu’n = à fond).

Et il ajoute : « Pour aller à New York, il a pris des risques financiers, il a vendu son appartement à Paris, il a utilisé une grande partie de son argent pour se promouvoir parce qu’ils ne voulaient plus de lui. . Il croyait simplement en lui-même ! C’était un véritable aventurier, comme tous les vrais créateurs. Ce qui est sûr, c’est que Nougayork a connu une belle réussite, ce qui a redoublé sa confiance en lui. Un jour, il m’a dit : tu sais, je suis né malheureux. Je suis toujours malheureux, sauf quand je suis sur scène..

« Nougaro, c’est la musique qui l’a d’abord marqué ! »

Claude Sicre confie encore, à propos de son ami : « Beaucoup de gens se trompent sur Nougaro en croyant que c’est un poète qui mettait ses vers en musique. C’est une illusion d’optique ! Nougaro, c’est la musique qui l’a d’abord marqué. Le chant lyrique de son père alors, ce qui le fascinait, c’était le jazz à la radio, Armstrong et les autres. Il voulait être chanteur de jazz tout en chantant un peu comme son père. Et c’est ce qui l’a poussé à écrire. Il aimait la poésie écrite, mais la poésie chantée, donc le chant, était avant tout parce qu’il avait un côté musical. Nougaro est avant tout un musicien, vocalement, qui écrivait des chansons pour lui-même pour pouvoir chanter ce qu’il voulait comme il le voulait. Et danser dessus, car il était aussi danseur. Un artisan d’art, un ouvrier, inimitable, comme tous les vrais.

Faut-il faire plus pour Nougaro à Toulouse ?

Alors que les hommages se succèdent à l’occasion du 20e anniversaire de la mort de Claude Nougaro, Toulouse doit encore faire plus pour son inoubliable chanteur, à travers la création d’un musée comme celui de Sète pour Georges Brassens. Par exemple ?

« Nous n’avons pas besoin d’un musée qui enterre Nougaro ! »

« Je sais que la Mairie veut faire quelque chose mais ce doit être un projet qui vient du terrain, c’est ce qu’elle voudrait. Il y a bien sûr la péniche de Cécile, lieu de découverte intime de son père qu’elle aime profondément. Un incontournable pour les passionnés. Mais beaucoup à Toulouse et ailleurs pensent qu’il devrait aussi y avoir un lieu plus grand public… S’il y a un projet qui tient la route, j’en suis sûr. que la Mairie, la Région, le Département et même l’Etat apporteront leur soutien », estime Claude Sicre.

Qui ajoute : « Mais il ne faut pas un musée qui enterre Nougaro, il faut faire quelque chose de très vivant, qui mêle souvenirs et jeunes artistes inspirés par Claude, un lieu de réflexion et de création à la fois, très populaire et très savant. en même temps, comme on ne sait pas faire en France, là aussi il faut imaginer… Car le paradoxe c’est que c’est un peu méconnu, mais ce n’est pas à l’administration d’inventer quelque chose ! « Cela doit venir de ceux de terrain », conclut Claude Sicre. À suivre!

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