Dans « A Voix Nue », sur France Culture, le réalisateur et écrivain Robert Bober s’exprime entièrement en paroles et en silences

Dans « A Voix Nue », sur France Culture, le réalisateur et écrivain Robert Bober s’exprime entièrement en paroles et en silences
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Le réalisateur et écrivain Robert Bober (à droite) lors du tournage à Paris en 1975. LASZLO RUSZKA/INA VIA AFP

FRANCE CULTURE – À LA DEMANDE – PODCAST

En 2003, Sylvie Gouttebaron réalisait déjà une émission « A voix nue » avec Robert Bober, alors âgé de 72 ans. Aujourd’hui, à 92 ans, celui qui fut tailleur, potier, cinéaste et écrivain s’exprime dans le micro de Caroline Broué, et c’est si beau de l’entendre à nouveau. A la question : “As-tu changé?” »il répond de sa douce voix : ” Je ne crois pas. Le monde a malheureusement changé et, voyant ce qu’il devient, nous sommes inquiets. »

Lire la critique du livre « Il y a encore des gens qui passent dans la rue » (en 2023) : Article réservé à nos abonnés Pour Robert Bober, écrire, c’est vivre

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Né le 17 novembre 1931 à Berlin, Robert Bober arrive à Paris près de deux ans plus tard lorsque ses parents fuient l’Allemagne après la nomination d’Hitler au poste de chancelier. Ce sera Belleville, puis Butte-aux-Cailles, où son père, cordonnier, comme son père avant lui, a ouvert une petite boutique. Dans ses films Réfugié d’Allemagne, apatride d’origine polonaise (1976) et Vienne avant la nuit (2017), Robert Bober retrace ses origines familiales, notamment l’histoire de son arrière-grand-père maternel qui, fuyant la Pologne dans les années 1920 pour les États-Unis, fut refoulé dès son arrivée à Ellis Island, à New York, car il avait contracté le trachome, une maladie très contagieuse.

Et il faut entendre la voix, si pleine d’amour, de Robert Bober lorsqu’il évoque cet ancêtre : « Il était ferblantier, il fabriquait des bougeoirs, et j’ai écrit un texte où j’imagine une rencontre avec lui, et c’est certainement la meilleure chose que j’ai écrite. Ce sont les pages que nous devrions conserver si nous devions conserver quelque chose. »

Lire la critique du livre « Parfois, la vie n’est pas sûre » (en 2020) : Article réservé à nos abonnés De rencontres en surprises, l’écrivain Robert Bober garde le meilleur

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A la demande de Caroline Broué, Robert Bober revient alors sur la rafle du Vél’ d’Hiv à laquelle il a échappé de peu, contrairement à son ami d’enfance, Henri Beck. Avec les souvenirs viennent les mots mais aussi les larmes, les respirations lourdes et le silence que le journaliste nous laisse entendre.

Littérature, télévision et cinéma

Dans l’épisode 2, Robert Bober raconte comment, alors qu’il confiait à son ami Georges Perec (1936-1982) avoir une idée de nouvelle, ce dernier lui dit : « Tu ne me le dis pas, tu l’écris. » Comment, deux ans plus tard, en rangeant quelques papiers, il le retrouva, le montra à Paul Otchakovsky-Laurens, qui, après l’avoir lu dans la nuit, lui dit à son tour : «Je veux la suite. » Car le rédacteur en chef qui nous manque tant – il est décédé dans un accident de voiture le 2 janvier 2018 – avait deviné qu’en fait, comme actualité, c’était le début de Quoi de neuf dans la guerre ? (POL, 1993), qui a remporté le prix Inter du livre en 1994.

De ces rencontres fondatrices, dont celle avec François Truffaut (1932-1984), avec qui Robert Bober travaillera, ce dernier dira : “Je ne crois pas au hasard”avant de citer l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, décédé dans la nuit du 3 au 4 janvier 2018 : « Quand nous rencontrons quelqu’un, c’est le signe que nous devons croiser son chemin, que nous recevrons de lui quelque chose qui nous manquait. »

Dans le prochain épisode, il sera question de cinéma, notamment de Max Ophüls (1902-1957), son cinéaste préféré, ou de son premier film pour la télévision sur l’écrivain de langue yiddish Sholem Aleikhem (1859-1916). Robert Bober discute ensuite de« équipe sympathique » qu’il s’est formé, pendant des années, auprès de Pierre Dumayet (1923-2011), qui, avec son émission « Lectures pour tous » (1953-1968), a contribué à amener la littérature à la télévision.

Des films coupés comme des vêtements

Il se souvient alors de l’émission avec Marguerite Duras qui commence par un vingt-deuxième silence – soit, pour la télévision, une éternité. Bien au-delà de la nostalgie, on ressent une admiration sincère, et sans doute regretter que, des deux films qu’il a consacrés au journaliste, l’un n’ait été diffusé qu’après la mort de Pierre Dumayet et l’autre n’ait même jamais été projeté.

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A l’heure où l’autorisation de faire de la publicité pour les livres à la télévision, lancée à titre expérimental le 6 avril, inquiète largement les éditeurs, et où la littérature et ses nuances font cruellement défaut dans le monde – et ce, malgré le travail remarquable d’Augustin Trapenard et « La Grande Librairie », sur France 5 – il serait tellement judicieux de réparer aujourd’hui cette injustice.

Toute sa vie, Robert Bober a découpé et assemblé ses films comme un vêtement ou un puzzle, retouchant et donnant une forme unique à ses textes. Et il peut dire, dans le dernier épisode, qu’il n’est pas écrivain mais “un cinéaste qui écrit des livres”ses livres, éparpillés comme de petits cailloux, sont si essentiels qu’ils sont désormais étudiés en classe, ce dont il avoue être si fier.

Robert Bober, la ronde et le puzzle, dans « A Voix Nue », programme de Caroline Broué réalisé par Louise André (Fr., 2024, 5 x 30 min). Diffusion sur France Culture, du lundi 6 mai au vendredi 10 mai, à 20 heures. Disponible à la demande sur France Culture et sur toutes les plateformes d’écoute habituelles.

Émilie Grangeray

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