«On accepte plus facilement l’idée de la fin du monde que celle de la fin du capitalisme, c’est très paradoxal»

«On accepte plus facilement l’idée de la fin du monde que celle de la fin du capitalisme, c’est très paradoxal»
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« Quand on m’a proposé de le jouer, j’ai dit : ‘Ah oui, José Bové, quand même…’il a lâché. C’était super intéressant. Mais aussi stressant. Parce que je l’aime bien et j’avais très peur de le trahir. Il est plus facile de jouer quelqu’un que vous détestez : vous rechercherez le pire chez cette personne et effacerez le bien. Alors que José, je l’admire énormément. J’avais aussi un peu peur d’être ridicule. J’aurais dû perdre du poids pour lui ressembler, mais tout le monde me demandait pourquoi. Dans l’inconscient collectif, José est perçu comme un grand paysan fort avec une grosse moustache. En fait non, il a juste une grosse moustache. On se voyait beaucoup, on ne se quittait plus, c’est devenu un ami.

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Vous a-t-il donné envie de vous lancer en politique ?

« Contrairement à José, je ne suis pas avocat. Il connaît bien toute cette mécanique cérébrale qui lui permet de rentrer dans des dossiers. Pas moi, ça m’énerve. On m’a déjà demandé d’adhérer à un parti, comme ces orateurs qui n’ont aucune conviction politique mais qui rapportent des voix. Je n’en voulais pas. José a purgé un mandat, puis il s’est arrêté. C’est propre. S’il y avait un parti avec des mandats limités, j’accepterais, mais pas dans une configuration où tout le monde fait carrière, où on sait qu’on ne sert à rien. On ne va pas vous écouter : on va vous utiliser pendant que vous rapportez les votes, c’est tout. Alors je préfère être un électron libre, ouvrir la bouche quand j’en ai envie.

Quelle serait votre affaire de principes ?

« Décroissance et nucléaire. Mes deux chevaux de bataille. Tout simplement parce que, en effet, l’énergie nucléaire n’est pas décarbonée. Il n’y a pas d’indépendance énergétique puisqu’il n’y a pas de mines d’uranium en Belgique. C’est tellement bête que je ne comprends pas les débats. Et surtout, le nucléaire produit des déchets. Depuis 60 ans, nous n’avons pas trouvé de solution. Pour que la société ne se heurte pas à la tête dans le mur, il ne faut pas trouver d’autres sources d’énergie qui nous permettraient de consommer, mais de consommer moins. Je suis donc profondément déprimé. Mais nulle part, à aucun moment, il n’y a eu l’ombre d’un début de débat pour tenter de savoir comment changer le modèle économique, dont le moteur ne serait pas uniquement le profit. Au Moyen Âge, l’Église interdisait de faire du profit. Cette pensée capitaliste est très récente, mais elle nous a pervertis. On sait que cette surconsommation est intenable, mais on accepte plus facilement l’idée de la fin du monde que celle du capitalisme. C’est très paradoxal.

Thomas VDB, Bouli Lanners et Estelle Bunnquell, le trio de An Affair of Principe. ©DR

Une question de principe révèle les dérives des institutions européennes…

« A eux trois, avec un stagiaire, en un an et demi, ils parviennent encore à démanteler tout un système extrêmement opaque. Kessler, qui était à la tête du FBI européen, est condamné à un an de prison avec sursis. Là, il lance un appel à Bruxelles, mais ce n’est pas anodin. Barroso va chez Goldman Sachs, c’est fini. Il est mis sur liste noire partout jusqu’à la fin de sa vie. Il était toujours président de la Commission. Il est clair que les lobbies et l’économie dictent la politique mondiale. Mais sans cet outil démocratique qu’est le Parlement européen, ils auraient carte blanche. Le film donne plutôt de l’espoir sur la manière de dévier cette sorte de machine opaque, car il existe un organe de contrôle appelé Parlement européen, qui fonctionne. Pourquoi y a-t-il une répression contre l’alcool au volant aujourd’hui ? Parce que les gars ivres avaient des accidents. Il est normal que la législation évolue en fonction des accidents. C’est la même chose pour le Parlement européen. Il y a des incidents, des dérives, mais en fin de compte, les élus du peuple peuvent corriger la situation. Les élections européennes sont donc très importantes.»

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L’année prochaine, tu auras 60 ans…

« Ça va trop vite ! C’est le troisième âge. C’est pourquoi je fais un pas de côté du cinéma : pour vivre d’autres aventures. Les marionnettes m’attendent, un documentaire aussi : j’aimerais partir seul avec mon appareil photo pendant des mois. Réaliser, je pense que je ne le ferai plus jamais parce que je me sens plus à l’aise dans ce système où il faut 2-3 millions pour un film. Tout cela pour 1500 entrées. Je fais plus avec mes marionnettes, tout en restant en circuit court, pour un budget de 100 euros par spectacle. Le cinéma parle de la vie, mais dans la vie, il faut parler d’autre chose que du cinéma. Je veux simplement vivre.

 
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