Critique de « Dieu est femme », une communauté, entre présent et souvenirs

Le cinéaste suisse-panaméen Andres Peyrot part sur les traces de l’œuvre perdue de Pierre-Dominique Gaisseau et dresse un superbe portrait d’une population indigène du Panama, les Kuna.

Les Kuna vivent sur les îles San Blas au Panama. Dans les années 1970, Pierre-Dominique Gaisseau, explorateur légendaire et documentariste oscarisé grâce à son « Le ciel et la boue », décide de passer un an à leurs côtés pour son nouveau projet de film. Mais une fois cette dernière terminée, le film disparaît. Cinq décennies plus tard, les membres de la communauté se souviennent encore du Français, déçus de n’avoir toujours pas pu voir les bobines sur lesquelles les souvenirs de leur histoire et de leurs familles ont été capturés. Un jour, une copie est retrouvée.

Tour à tour monteur, scénariste et directeur de la photographie, Andrés Peyrot Ce n’est pas son premier projet de film. Avec « Dieu est une femme », il se lance dans la réalisation. Et quelle réussite ! Grâce à ses expériences passées et son savoir-faire professionnel, il propose un superbe premier long métrage, passionnant et esthétiquement flatteur, présenté à la Settimana della Critica de Venise. Loin d’une certaine sobriété informative propre à de nombreux documentaires, le Suisse-Panaméen sublime son sujet et transporte le spectateur dans un merveilleux voyage ethnologique, entre passé et présent, aidé par la photographie de Nicolas Desaintquentin Et Patrick Tresch. Avec délectation, on ne peut qu’observer, admirer, la nature florissante du centre du continent américain, et les superbes couleurs qui éclatent dans l’image dans les jeux de superposition de lumière.

« Dieu est femme » : le titre avait été choisi à l’époque par Pierre-Dominique Gaisseau pour son projet, en référence à l’organisation matriarcale qu’il croyait reconnaître chez les Kuna. Aujourd’hui, Andrés Peyrot le récupère. Devant sa caméra, les habitants des îles évoquent les souvenirs des premiers tournages dans les années 70. Avec humour et ironie, ils mettent en valeur les manipulations cinématographiques et la mise en scène utilisées par le réalisateur afin de faire correspondre ses protagonistes à une vision typique du natif de l’imaginaire romantique occidental. Bien décidés à ne plus laisser un simple point de vue extérieur manipuler leur histoire, les Kuna s’actualisent et mélangent, devant la caméra, modernité et tradition. Et, petit à petit, le résultat se transforme en une remise en question de la propriété d’une œuvre cinématographique documentaire. « Dieu est une femme » est un premier long métrage captivant à ne pas manquer.

4,5/5 ★

Plus d’informations sur « Dieu est une femme »

En salles depuis le 1er mai 2024.

Bande annonce du film « Dieu est une femme »

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Aperçu du cinéma

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