« Mon travail va disparaître »

« Mon travail va disparaître »
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Non seulement parce que sa stature imposante va s’estomper, mais parce que ce départ exagère encore le désert médical qui ronge canton après canton (1). « Je ne suis pas le bon Dieu », souffle ce fils de médecin de campagne pour résumer « en vrac » tous les sentiments qui le traversent à quelques semaines d’une issue qu’il redoute autant que les habitants du coin.

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” Pas de vacances “

« Quand je me suis installé, même si nous étions six médecins généralistes dans le secteur, nous travaillions bien. Aujourd’hui, je suis seul”, raconte Xavier Rucquois, qui estime “travailler à l’ancienne” : “Je fais des visites à domicile, je travaille parfois jusqu’à une centaine d’heures par semaine, je ne prends quasiment jamais de vacances. Bref, qui voudrait me remplacer ? »

Sa patientèle est de 1 500 inscrits, personnes dont il est officiellement le médecin traitant, mais aussi de 1 500 autres, plus occasionnels. « Si mon cas était isolé, nous pourrions être rassurés. Mais je mets ici quelques chiffres que tout le monde connaît : nous sommes cinq médecins généralistes à partir dans les prochains mois, les prochaines années, dans notre coin de Charente limousine et 45 en Charente. »

“Couteaux suisses”

Le médecin généraliste avance un diagnostic plutôt pessimiste de la médecine générale : « Nous sommes progressivement devenus des couteaux suisses, affectés à notre cabinet, aux urgences, mais aussi à des tâches qui prennent beaucoup de temps : comptables, administratives, sociales, médico-sociales. , suivi des malades chroniques… »

Je ne suis pas là pour reprendre ce que les autres ne veulent pas faire.

Xavier Rucquois précise : « Il n’y a jamais eu autant de médecins en France, mais il y a de moins en moins de médecins généralistes. Il y a des changements très visibles. On voit apparaître des médecins qui ne veulent plus suivre les patients, se transforment donc en médecins traitants, refusent les visites à domicile et rechignent à assurer des gardes. Ils veulent travailler à la carte et nous leur proposons des ponts d’or pour cela. »

Nous allons perdre des gens à cause du manque de soins.

C’est ce contexte, comme la création d’emplois salariés pour certains médecins généralistes, qui le pousse à dire stop : « Désolé, mais je ne suis pas là pour reprendre ce que les autres ne veulent pas faire. Le nombre moyen d’actes réalisés par un médecin généraliste dans nos campagnes est de 5 000 actes par an, contre 2 800 pour un médecin salarié. Et il gagne parfois mieux sa vie… »

Des maisons de santé « fragiles »

Alors, existe-t-il un traitement pour cette image très sombre ? « Les regroupements sont une solution possible, les centres de santé mais elle est aussi fragile. Et si on prend des exemples proches, ceux de La Rochefoucauld ou de Roumazières, ils sont à saturation », souligne le médecin qui s’interroge aussi sur les centres de soins non programmés, comme celui récemment ouvert à Chasseneuil.

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« Le risque est de ne plus suivre nos patients, de passer à côté du bon diagnostic. Nous les connaissons, nous connaissons leur histoire. Une bonne partie de mes patients sont des personnes âgées atteintes de maladies de longue durée (ALD). La médecine d’urgence ne peut pas leur convenir. Nous allons perdre des gens à cause du manque de soins. C’est une vraie perte de chance », craint le médecin généraliste, qui pointe une autre difficulté : « Notre isolement numérique. A Massignac, depuis un mois, nous n’avons plus de fibre. Comment travaillons-nous, transmettons-nous, téléphonons-nous ? Là aussi, on perd beaucoup de temps… »

Xavier Rucquois, qui restera résident à Massignac, pressent qu’une « fonction, celle de médecin généraliste, va disparaître. Je suis têtu, j’ai tenu le plus longtemps que j’ai pu. Mais après ? » Depuis plusieurs semaines, le médecin annonce à ses patients qu’il va bientôt partir : « C’est très difficile, pour eux, comme pour moi. »

(1) Le centre médical où il travaille, propriété de la communauté de communes Charente Limousin, compte deux infirmiers et deux ostéopathes.

 
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