« Le tableau volé », une toile de maître

« Le tableau volé », toile maîtresse

Publié aujourd’hui à 9h37

“Il n’est jamais trop tard pour quoi que ce soit.” La phrase a valeur de phrase, presque de proverbe. C’est le personnage joué par Léa Drucker qui le prononce, aux deux tiers environ du parcours de « Pollé Tableau ». Suggérant qu’il est toujours temps, dans la vie, de conclure un accord, de faire une déclaration d’amour, de remporter le jackpot ou de faire une rencontre décisive.

Ce genre de phrases, Éric Rohmer aimait les mettre en valeur dans certains de ses films. “Nous ne pouvons penser à rien”, prévenait-il avant “The Aviator’s Wife”. Pascal Bonitzer, sans prétention d’affiliation, procède de la même manière dans son film. L’argument? La redécouverte d’un tableauEgon Schiele que l’on croyait disparu depuis la fin de la guerre et qui couchait en réalité avec des individus qui n’avaient aucune idée qu’ils possédaient un trésor.

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À propos de? Décrivez de l’intérieur et non sans cynisme l’univers feutré des experts des musées et galeries d’art, des collectionneurs et autres habitués des salles de ventes. Le style? Plutôt glacial, avec son cadrage rigoureux et ses intérieurs aseptisés, histoire de coller à la réalité d’un monde parallèle.

Le défi? Montrez comment la découverte d’un tableau caché peut changer le comportement de toutes sortes de personnes. Ou décortiquer les mécanismes d’un environnement avec ce lot d’intrigues et de secrets qui corrompent la surface des apparences. Ou encore opposer le monde impitoyable des affaires à la simplicité des provinciaux qui ne savent même pas qui est Egon Schiele. Et là, on hésite. En effet, les enjeux du film sont multiples. Quel est le but de « La Peinture Volée » ? La réponse n’est pas simple. Ni unique.

Même question à propos de son héros. Qui est-ce? Par André Masson (Alex Lutz), le commissaire-priseur qui s’apprête à réaliser la vente de sa vie ? De Bertina (Léa Drucker), qui l’aide et tire les ficelles dans l’ombre ? Par Martin (Arcadi Radeff, acteur genevois récemment primé pour la série “Les indociles”), ce jeune provincial qui ne se rend compte qu’à la toute fin du film de ce qui lui arrive ? Tout cela est très ouvert. Et même si l’on penche, au vu de la conclusion, vers la troisième hypothèse, les autres possibilités sont tout aussi valables.

Plusieurs pistes de lecture

Et c’est ce qui est passionnant à suivre. Malgré les apparences et l’apparence de prévisibilité, on ne sait jamais où le film va tourner, ni même comment. De multiples pistes dégressives – la liaison de Bertina avec un collègue, la relation tendue entre Masson et sa nouvelle assistante, comme le conflit latent qu’elle entretient avec son père joué par Alain Chamfort, le comportement menaçant de jeunes amis, à la limite de Cailleras, par Martin – ajoutent ou suggérer d’autres pistes de lecture, certaines exploitées et d’autres non. Les sous-textes sont soumis à la ligne rouge ou à l’épine dorsale de l’histoire, l’influencent, l’orientent et parfois nous désorientent.

Le film agit comme une série d’ondes corpusculaires traversant les différentes couches sociales évoquées dans ce long métrage. Personne ne détient une vérité ultime, elle est cachée partout et donc nulle part. Le corollaire est que « The Stolen Painting » capture quelque chose d’intangible à propos de nous-mêmes, de nos espoirs, de nos existences et de nos attachements. Il serpente dans tous les recoins d’une réalité qui ne se laisse jamais enfermer.

Le tout avec une solidité d’écriture assez rare, un sens de la séquence exemplaire (voir la scène finale, qui fait juste suite au moment anthologique de la vente aux enchères Schiele), et des acteurs parfaitement au diapason. Avec en prime – prenons-le ainsi – la réapparition dans un petit rôle du jeune comédien attachant de « L’atelier » de feu Laurent Cantet, Matthieu Lucci. L’un des grands favoris de la saison.

Classement : *** Drame (France – 91′)

Pascal Gavillet est journaliste à la section culturelle depuis 1992. Il s’occupe principalement du cinéma, mais il écrit également sur d’autres domaines. Surtout les sciences. A ce titre, il est également mathématicien.Plus d’informations @PascalGavillet

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