les professionnels appellent à la prudence

les professionnels appellent à la prudence
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France — SYNLAB et ALCEDIAG ont annoncé le 22 mars le lancement en France du premier test sanguin d’aide au diagnostic de santé mentale, destiné à différencier les troubles bipolaires de la dépression. L’information a pu surprendre quand on sait combien il est difficile de diagnostiquer les pathologies psychiatriques – d’autant qu’elles présentent des symptômes communs, comme la dépression récurrente et le trouble bipolaire.

Alors que faut-il penser de ce test ? Est-ce un réel espoir pour les patients comme le prétend le laboratoire ? Dans le monde de la psychiatrie, les réactions sont prudentes, comme celle deAssociation Française de Psychiatrie Biologique et Neuropsychopharmacologique (AFPBN) et de Stéphane Jamaindirecteur de recherche en Neuropsychiatrie Translationnelle (Inserm U955, Institut Mondor de Recherche Biomédicale), interviewé par Paysage médical.

À ce jour, aucun test ne satisfait [ces] conditions d’utilisation en pratique clinique
AFPBN

Le défi du diagnostic précoce

La dépression et le trouble bipolaire sont deux maladies psychiatriques distinctes qui sont traitées différemment. Poser le bon diagnostic très tôt et administrer le traitement adapté sont l’un des principaux défis des cliniciens, d’autant plus que les troubles bipolaires mal ou mal pris en charge sont souvent à l’origine de conséquences graves sur la santé mentale. et physique des patients ainsi que sur leur qualité de vie et celle de leurs proches.

Or, les études publiées montrent qu’il faut en moyenne 8 à 10 ans pour diagnostiquer les troubles bipolaires, parfois beaucoup plus longtemps sachant que le diagnostic repose sur l’examen psychiatrique clinique du patient, réalisé par un médecin spécialiste à l’aide de questionnaires. et des échelles d’évaluation validées.

Un diagnostic précoce et précis des troubles bipolaires, permettant la mise en place d’un traitement adapté, constituerait donc une avancée majeure pour les patients et leurs proches. C’est ce que les laboratoires français SYNLAB proposent, en partenariat avec ALCEDIAG, à travers myEDIT-B, un test sanguin, qu’ils qualifient de « 1er test validé d’aide au diagnostic pour différencier la dépression et les troubles bipolaires ».

Ce test – dont l’annonce de sa disponibilité a quelque peu surpris la communauté médicale et scientifique de la psychiatrie – va-t-il séduire les psychiatres ? Rien n’est moins sûr.

Dans un https://twitter.com/BorisChaumette/status/1773483994018922628/photo/1l’Association française de psychiatrie biologique et de neuropharmacologie a affirmé à la suite de cette annonce qu’« à ce jour, aucun test ne répond [ces] conditions d’utilisation en pratique clinique ». Pour qu’un test de diagnostic soit scientifiquement valable, éthique et utilisable en pratique clinique, son développement doit répondre à des critères stricts, rappelle l’AFPBN – qui en recense une dizaine – comme le fait que les résultats scientifiques doivent être validés dans au moins deux études cliniques indépendantes. ou des cohortes, que la sensibilité (détection des vrais positifs) et la spécificité (détection des faux négatifs) du test doivent être satisfaisantes, ou que le coût du test doit être éthiquement responsable et permettre l’accès aux patients, quelle que soit la logique commerciale.

C’est là que réside le problème car ALCEDIAG rapporte deux études cliniques mais une seule étude a été publiée à ce jour – c’est vrai en Traductionnel Psychiatrie – sur un total de 400 patients. Qui, dans le cas présent, « avait déjà une pathologie psychiatrique bien établie, ne présentait pas tout à fait les mêmes symptômes entre les dépressifs récurrents et ceux souffrant de troubles bipolaires et ne prenait pas les mêmes traitements » souligne le généticien Stéphane Jamain.

Si le chercheur reconnaît que la différenciation entre trouble bipolaire et dépression est très importante, notamment en termes de traitements, car administrés à un patient bipolaire, les antidépresseurs sont susceptibles d’entraîner un virage maniaque, s’ils ne sont pas accompagnés d’un traitement régulateur de l’humeur, estime-t-il. qu’au vu de ce qui est publié par le laboratoire, il est difficile de commenter le test pour l’instant.

Une technique d’édition d’ARN

Cela est d’autant plus vrai que la technique sur laquelle repose myEDIT-B, qui consiste à mesurer les modifications de l’édition de l’ARN de marqueurs spécifiques dans le sang des patients – susceptibles d’entraîner des différences d’acides aminés dans les protéines – est spécifique à l’ALCEDIAG. laboratoire. Celui-ci l’a couplé à un outil d’intelligence artificielle qui a permis de sélectionner spécifiquement 8 séquences d’ARN sur lesquelles analyser l’édition d’ARN parmi plusieurs milliers édités afin d’obtenir une signature différentielle des dépressions unipolaires et bipolaires. « Cette méthode est une niche, la marque d’ALCEDIAG » reconnaît Stéphane Jamain qui s’interroge néanmoins sur l’intérêt de mesurer ce « montage » à la périphérie du système nerveux central.

« Cette technique diffère de celle adoptée par la plupart des consortiums internationaux – très actifs dans ce domaine de recherche – qui comparent les différences de nucléotides dans le génome (ADN) entre individus au sein de grandes cohortes impliquant des dizaines de milliers de personnes. , et identifier les raisons qui reviennent le plus fréquemment en lien avec une pathologie afin d’en déduire un risque de développer une maladie psychiatrique, précise le chercheur. « Toutefois, les informations apportées par ces études à très grande échelle ne permettent pas, à l’heure actuelle, de définir qui est à risque de développer la maladie, pas plus que [la plus simple] observation de la récidive familiale (héréditaire) de cela», relativise le chercheur.

Validation scientifique rigoureuse attendue

Si ALCEDIAG se targue d’une sensibilité et d’une spécificité supérieures à 80 % pour son test, le monde de la psychiatrie reste prudent. Interrogé par FranceInfoTV Cette fin de semaine, Marion Leboyerdirecteur général du Fondation FondaMentalepsychiatre et chercheur (AP-HP, Inserm, Créteil), comme l’AFPBN et Stéphane Jamain, ont souligné l’intérêt d’encourager la recherche sur les maladies psychiatriques, et notamment celle qui permettra de mieux comprendre et soigner les patients atteints de troubles bipolaires, mais exprime sa prudence à l’égard de ce test, en l’absence d’une validation scientifique rigoureuse par des essais cliniques.

Concernant, « le test ALCEDIAG et son aspect commercial, la prudence est de mise » a conclu Stéphane Jamain. L’avenir dira si les psychiatres prescriront ce test à 899 euros, non remboursé à ce jour par la sécurité sociale (voir encadré). ALCEDIAG prévoit de déposer un dossier de validation auprès de la FDA.

Un prix de 899 euros – non remboursé à ce jour par la sécurité sociale

En pratique, le test sera disponible à partir d’avril 2024, sur prescription, dans les laboratoires du réseau SYNLAB France. Il s’adressera aux patients âgés de 18 ans et plus, actuellement traités pour un épisode dépressif caractérisé (EDC) modéré ou sévère. Les résultats du test sont transmis dans un délai de 4 semaines au psychiatre prescripteur qui confirmera son diagnostic au patient lors d’une consultation. Déjà disponible en Italie, ce dispositif médical in vitro (IVD) qualitatif bénéficie du marquage CE-IVD. En France, il faudra tout de même débourser 899 euros – non remboursés à ce jour par la sécurité sociale faute de preuves cliniques suffisantes – pour en bénéficier.

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