Pensée et boucane au Festival de Cannes

Pensée et boucane au Festival de Cannes
Pensée et boucane au Festival de Cannes

Après sept jours de compétition officielle à Cannes, quelques observations s’imposent. Tout d’abord, le millésime 2024 est très très diversifié et c’est parfait. Deuxièmement, deux titres se démarquent de manière spectaculaire : Émilie Pérezle thriller musical trans de Jacques Audiard, et La substance, l’allégorie horrifique-satirico-féministe de Coralie Fargeat. Ovations de respectivement 9 à 10 minutes et 11 à 13 minutes selon les sources… Il faudra voir si le jury présidé par Greta Gerwig se sent audacieux.

En tout cas, ces deux redoutables productions n’ont rien à craindre des trois films dévoilés mardi, malgré leur pedigree.

En effet, les trois films ont en commun d’être l’œuvre de scénaristes et réalisateurs confirmés, à savoir Christophe Honoré, Paolo Sorrentino et Sean Baker. Autre similitude, certainement plus anecdotique : les trois semblent avoir été sponsorisés par le lobby du tabac. Non, il n’est pas question d’interdire la chose, mais l’association entre cigarette et sensualité est ici d’une rare insistance. Quelqu’un, quelque part, n’a pas reçu le message disant que, la santé mise à part, c’est devenu ringard.

Ces considérations éditoriales réglées, voyons le premier film : Marcello Mioune « méta » comédie mélancolique de Christophe Honoré dans laquelle l’actrice Chiara Mastroianni, en pleine crise d’identité, commence un jour à se prendre pour son défunt père, le légendaire acteur Marcello Mastroianni.

Alors que l’entourage de Chiara/Marcello s’inquiète, dont sa mère, la non moins légendaire Catherine Deneuve, son ami Fabrice Luchini accepte de « partager ce rêve ».

Avec une idée prometteuse, le réalisateur des films chansons d’amour, La belle personneEt S’il te plaît, aime et cours vite, s’enlise vite dans ses circonvolutions existentielles-artistiques. Il y a de beaux moments, notamment lorsque Catherine Deneuve finit par se prendre au jeu, ne parlant momentanément plus à sa fille, mais à son amant disparu.

Il est vrai que parfois la ressemblance entre Chiara « déguisée » et Marcello est troublante.

Les hommages à la filmographie du père sont nombreux, mais les allusions à la vie réelle des stars incarnant des versions fictionnelles d’elles-mêmes donnent à l’affaire un air de « fête privée ».

De détours en apartés, Marcello Mio ne va nulle part… et prend son temps pour y arriver.

Ensemble disjoint

On peut en dire autant de Parthénope, de Paolo Sorrentino, un véritable reflet servi dans un superbe décor visuel. Le titre est le prénom de la protagoniste, une jeune femme si belle qu’elle est « inoubliable ». Dixit plusieurs personnages masculins et féminins qui la croisent.

Situé dans un environnement riche typique du cinéma sorrentino, le film promet d’être une autre chronique familiale dans la veine de son précédent C’est la main de Dio (La main de Dieu). De 18 à 32 ans (sans que l’actrice Celeste Dalla Porta n’en change d’un iota), Parthénope envoûte tous les hommes qui la rencontrent, y compris son propre frère aîné, amoureux d’elle.

Quand la tragédie frappe, le film se transforme et prend des atours felliniens – une influence avouée du cinéaste.

Étudiant doué en anthropologie, Parthénope développe une relation de mentorat avec un professeur misanthrope. Parallèlement, elle envisage de devenir actrice. Ce qui génère un intermède semblant avoir été écrit uniquement pour justifier une longue séquence farfelue chez une actrice recluse.

Et il y a cet écrivain américain alcoolique et homosexuel, rencontré dans un hôtel chic : Gary Oldman l’incarne divinement, pour une poignée de scènes merveilleuses, mais isolé dans un ensemble décousu.

Souvent, on a l’impression de trois ou quatre films distincts refusant d’en former un seul. Avant la première, Sorrentino a fait grand cas de ce qu’il a appelé sa première « épopée féminine » – à ne pas confondre avec « l’épopée féministe ».

En effet, lors du prologue, qui montre un défilé de magnifiques jeunes femmes filmé au ralenti, c’est comme si le réalisateur de La grande beauté (La grande beauté) et de Jeunesse (Jeunesse) s’auto-parodiait sans s’en rendre compte. Le ton est en tout cas donné.

Tout au long, Parthénope demande : « Qu’est-ce que l’anthropologie ? » « L’anthropologie, c’est « voir », répond enfin le professeur. Faut-il comprendre que pour Sorrentino, le cinéma, art nécessitant de voir s’il en est, et l’anthropologie sont équivalents ? Peut être…

Là encore, la destination est vague, et le rythme auquel on y arrive est languissant.

Une « Jolie Femme _vintage »

Impression identique d’un manque de rigueur narrative devant Anorade Sean Baker, qui propose un autre portrait de personnages hauts en couleur issus de la marge, après l’excellent Tangerine, Le projet Floride (Mon royaume en Floride) Et Fusée rouge. Le style, si amèrement réaliste qu’il en devient parfois poétique, est là, c’est déjà ça.

On suit Ani (ou Anora, une FA-BU-LEUSE Mikey Madison), une travailleuse du sexe de Brooklyn. Comme dans un Une jolie femme (Une jolie femme) beaucoup plus cru, Ani se voit proposer par un jeune et riche client, fils d’oligarques russes, de passer la semaine avec lui. S’ensuit un mariage à Vegas, provoquant la colère des parents en Russie, qui envoient la cavalerie dans leur villa new-yorkaise.

Chaotiques, les évolutions ultérieures apparaissent, comme celles de Parthénopeproviennent de différents films mal fusionnés.

Au milieu, elle s’étend dans le manoir kitsch, tandis qu’Ani est malmenée, ligotée et séquestrée par les acolytes précités, par l’un d’eux en particulier. Cependant, l’homme de main en question ayant un bon parcours, apparemment, ne compte pas : sans trop en dévoiler, notons que le dénouement s’avère un peu surréaliste à cet égard à l’ère du #MeToo.

Globalement, il y a plusieurs passages qui sont, disons, inconfortables, quant au traitement réservé au personnage féminin. C’est franchement surprenant de la part de Sean Baker, sachant qu’en la matière, il a toujours fait preuve de beaucoup de sensibilité et d’empathie dans ses films précédents. Quoi qu’il en soit, voici trois héroïnes qui méritaient plus d’être captivantes.

François Lévesque est à Cannes à l’invitation du Festival et grâce au soutien de Téléfilm Canada

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