Présentation de l’annonce du film « Scénario » (Jean-Luc Godard, Cannes Classics)

Présentation de l’annonce du film « Scénario » (Jean-Luc Godard, Cannes Classics)
Présentation de l’annonce du film « Scénario » (Jean-Luc Godard, Cannes Classics)

Présentation de l’annonce du film « Scénario »où Fabrice Aragno filme Godard feuilletant un de ses carnets illustrés, s’inscrit dans la foulée d’un moyen métrage méconnu de JLG, Reportage amateur (maquette d’exposition), dans lequel Anne-Marie Miéveille le montrait déjà détaillant un projet en cours (une exposition au Centre Pompidou, finalement abandonnée sous cette forme). La grande différence avec Annonce du film qui n’existera jamais : « Funny Wars », avec lequel il partage des motifs (notamment ces pages où se juxtaposent des citations de textes et des collages d’images imprimées) tient à la place singulière qu’occupe Godard dans cette vidéo tournée un an avant sa mort. Il rayonne, par son humour et sa maladresse un peu « loufoque », un film dans lequel on l’observe écrire, dessiner et essuyer en même temps, cigare à la bouche, des consignes imprécises : le « nous sommes sûrs » sont ajoutés au « nous verrons » et autant « peut être… », au grand désarroi d’Aragno et de Jean-Paul Battagia, installés de part et d’autre du bureau. JLG est l’acteur principal deExposé… : ses mains occupent souvent le cadre pour guider la lecture collective, tandis que son visage, hirsute et marqué par le temps, ouvre le film.

On parle en effet beaucoup d’« ouverture » dans Exposé. Non seulement c’est le nom choisi pour la première partie de Scénario, comme l’indiquent les premières pages du carnet, mais aussi le principe qui régit tout le film. Il s’agit d’ouvrir le livre, l’esprit et en même temps les images, en les libérant des écrans qui les emprisonnent dans d’étroits carcans. Ludique, l’approche rappelle aussi à quel point le cinéma de Godard est une sorte de code open Source (en réutilisant des extraits sans autorisation, JLG était lui-même un partisan avéré du piratage et de la culture duOpen Source), loin de l’élitisme d’exclusion auquel on l’associe parfois. Si les juxtapositions ont du sens au regard de ses obsessions récurrentes (la télévision, les grands récits, le diktat de la narration et l’histoire du cinéma), il arrive qu’un fragment se présente sans explication, nous laissant la possibilité de le comprendre. saisir librement. Spontanément et avec humour, JLG justifie par exemple l’utilisation d’une citation de Merleau-Ponty sur le visible et l’invisible pour compléter l’un des passages de Scénario sur ” une conclusion quelque peu mystérieuse « . Même son de cloche pour certaines illustrations en fin de cahier, qui selon lui « n’ont pas pas de signification particulière « . Ailleurs, un recadrage sur une coupe aux ciseaux improvisée (quand le cinéaste rate de peu « bousiller » l’œuvre, dixit Battagia), Exposé met en avant le côté ludique de l’œuvre de Godard, qui fait preuve à la fois d’une grande précision et d’une flexibilité sans faille, brisant sans cesse ses propres règles. JLG combine des images comme un scientifique ou un enfant dans un laboratoire rudimentaire : une imprimante, de la colle, des ciseaux, et voilà qu’un film peut voir le jour. Ensuite, il vous suffit de tourner les pages jusqu’à ce que vous vous souveniez de la citation d’Aragon dans Je vous salue, Sarajevoà laquelle on pense face aux dernières images de Godard : « Quand il faudra fermer le livre, ce sera sans rien regretter. J’ai vu tant de gens vivre si mal et tant de gens mourir si bien. »

 
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