Epuisement, démissions… A Rennes, rien ne va plus avec ce grand bailleur social

Epuisement, démissions… A Rennes, rien ne va plus avec ce grand bailleur social
Epuisement, démissions… A Rennes, rien ne va plus avec ce grand bailleur social

« Surcharge de travail », « démotivation », « injonctions contradictoires »… En février, la société de logements sociaux BSB-Les Foyers a reçu un rapport particulièrement critique sur ses méthodes de gestion. Acteur historique des HLM à Rennes, Les Foyers ont notamment inauguré en 2021, à Baud-Chardonnet, 134 nouveaux logements pour jeunes actifs au sein de la résidence Le Colibri. En interne, on est cependant loin du gazouillis des oiseaux, selon un rapport « d’expertise en risques sérieux » que Le Mensuel a pu se procurer.

Ce document de 101 pages a été élaboré par le cabinet Syndex à la demande du conseil social et économique des Foyers. Il constate que, depuis 2021, les décisions de la direction générale adjointe « sont de nature à mettre en danger la majorité des salariés ». En deux ans, ils ont été confrontés à un carambolage de projets, des départs massifs et des réorganisations à chaque instant.

Société HLM historique

Les Foyers est une société anonyme rennaise créée en 1960. Elle gère plus de 8 000 logements dans l’Ouest pour un bénéfice net de 2,9 M€. Elle est devenue BSB-Les Foyers le 1er janvier. Syndex s’est penché sur les trois sites de Brest, Rennes et Saint-Brieuc. Le cabinet, qui a entendu direction et salariés, constate que ces derniers « trouvent globalement beaucoup de sens à leur travail car leur sentiment d’utilité sociale est très fort » mais que « ce sens est menacé par l’organisation (de ce) travail ».

Tout commence en 2019. Un nouveau directeur général adjoint décide de refondre l’organisation de l’entreprise. “La restructuration avait pour but de “rationaliser”, de gagner en “efficacité” ou en sécurité”, note le rapport. Cette opération de modernisation s’accompagne d’une vague de départs, dont plusieurs cadres qui n’ont pas tous été remplacés. Causant, selon le rapport, « l’instabilité du comité de direction » et la perte de salariés possédant à la fois une forte expérience et un bon contact avec les élus locaux.

Après la valse

Depuis 2020, le service comptabilité-finance compte cinq responsables directs. Le poste de directeur financier a été supprimé et non remplacé. Au sein du service juridique, les postes de directeur et de manager ont été fusionnés. En 2023, le taux de turnover dans l’entreprise est de 27,8%, soit deux fois plus élevé que la moyenne du secteur.

En plein bouleversement de son organigramme, Les Foyers ont décidé de lancer plusieurs projets d’envergure. Dont un déménagement et un rapprochement avec une autre société HLM, Bâtiments et styles de Bretagne (BSB).

Le planning était-il trop chargé ? “La gestion de ces réorganisations et de ces projets a été en partie fautive”, souligne le rapport. Cela a entraîné « une augmentation de la charge de travail ». Les projets s’accumulant à grande vitesse, certains ont été abandonnés en cours de route, repris puis à nouveau arrêtés. En 2021, lorsque l’entreprise se lance dans une démarche ISO, elle crée un poste dédié et fait appel à un cabinet de conseil. Avant de tout arrêter en 2022.

Ulis sur le port

Autre erreur, le nouveau logiciel de gestion locative développé par Les Foyers. Son nom : Ulis. C’est le cerveau qui doit permettre de jongler entre les loyers, les interventions techniques ou l’état des immeubles. Mais comme son homonyme légendaire, Ulis connaîtra de nombreux rebondissements avant d’arriver au port. Son développement a été lancé en 2020. Puis interrompu pendant un an en raison d’un litige avec le prestataire.

Lorsque le développement reprend, en 2023, le directeur financier et le directeur juridique quittent l’entreprise. Le bateau tangue encore lorsqu’une partie de l’équipe informatique s’en va, tout comme le chef de projet. « Pour assembler correctement Ulis, il aurait fallu des équipes qui faisaient exactement cela », se souvient un ancien cadre de l’entreprise. Au lieu de cela, la direction a assigné des personnes à cette tâche en plus de leurs tâches quotidiennes. » À l’heure actuelle, le « cerveau » de l’entreprise ne fonctionne toujours pas, comme en témoignent les échanges de courriers électroniques consultés par Le Mensuel. Avec un impact sur la comptabilité et la validation des travaux d’entretien des logements. Le 9 octobre 2023, le CSE constate « des conditions de travail très dégradées parmi le personnel ».

Selon un document interne de la SA Les Foyers, sur 90 salariés, 14 salariés permanents sont partis (hors retraite) en 2022, contre 5 en 2021. 7 salariés ont démissionné, 5 sont partis en rupture conventionnelle et 2 ont été licenciés. « Les salariés avaient l’impression de travailler pour rien et de devoir tout refaire. Ce qui a conduit à l’épuisement”, a déclaré Didier Collet, délégué syndical CGT. Il a soulevé ces problèmes lors de la réunion du CSE et devant le conseil d’administration. En juin 2023, Les Foyers demandent le licenciement de ce salarié protégé pour « comportement provocateur » à l’égard du directeur général adjoint. L’inspection du travail refuse. La direction a fait appel au ministère du Travail. Le syndicaliste suit actuellement une thérapie à temps partiel.

Actions mises en œuvre

Contactée, la direction reconnaît que l’étude Syndex “a confirmé la nécessité de retarder l’accélération de la modernisation mise en œuvre” par BSB-Les Foyers, “même si elle ne partage pas tous les constats réalisés”. Elle affirme que des actions ont été mises en place pour “renforcer le sentiment de confiance des salariés”, avec des “réunions d’écoute”, “une campagne d’information sur les risques psychosociaux ou encore des recrutements de dirigeants et managers”.

Le Département d’Ille-et-Vilaine assure de son côté qu’il “n’a pas été destinataire du rapport” mais que Ludovic Coulombel, vice-président chargé des habitants “sera présent au prochain conseil d’administration” BSB-Les Foyers.

 
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