Les constructeurs automobiles européens craignent une réaction chinoise

L’Europe souhaite augmenter les droits de douane de 10 à 30 % pour les véhicules importés de Chine, afin de protéger les constructeurs européens. L’ironie est qu’aucun constructeur européen ne souhaite cette mesure. Pire encore, ils craignent les conséquences.

L’Europe veut freiner l’invasion des véhicules électriques chinois en augmentant les droits de douane à leur encontre. Sous prétexte de vouloir protéger les constructeurs européens d’une concurrence déloyale, prétendument massivement subventionnée par le gouvernement chinois, la Commission européenne veut taxer plus lourdement les importations. Toutefois, les constructeurs européens ne sont pas favorables aux mesures protectionnistes. Tout le monde craint particulièrement une réaction négative de la Chine à leur encontre.

L’Europe doit se prononcer sur une sanction financière en juin 2024, même si les résultats des élections européennes du 9 juin pourraient quelque peu changer la donne. Entre-temps, le 27 mai, le média allemand Automobilwoche s’est penché sur ce que pensent les constructeurs automobiles de cette mesure.

De Stellantis à Renault en passant par les marques allemandes, ils sont unanimes

Carlos Tavares, le patron de Stellantis, s’est longtemps prononcé contre l’arrivée massive des constructeurs chinois en Europe, notamment grâce aux voitures électriques. Il a depuis quelque peu revu son jugement, en nouant un partenariat avec le constructeur Leapmotor. Cependant, comme d’autres propriétaires de marques européennes, il considère que ces mesures protectionnistes « sont un piège « . Il a notamment critiqué la décision américaine de pousser les droits de douane à 100 % sur les voitures chinoises, mais aussi sur les composants importés. Tout cela ne fait que créer une bulle dans laquelle les pays concernés accusent un retard technologique considérable, selon Carlos Tavares.

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Accord entre Stellantis (Carlos Tavares) et Leapmotor (Zhu Jiangming). // Source : Stellantis

Le patron de Renault et président de l’association des constructeurs européens, Luca de Meo, a d’ailleurs souvent pris position contre cette décision de l’Europe de vouloir sanctionner les constructeurs chinois. L’Europe doit être mise au défi par de nouveaux acteurs innovants. Cela pousse les constructeurs européens à agir rapidement.

La même histoire se retrouve également parmi les groupes allemands. Si Stellantis et Renault n’ont qu’une activité très limitée en Chine, ce n’est pas le cas de Volkswagen, BMW et Mercedes. Pour les constructeurs allemands, la Chine représente un marché crucial. Si la Chine répond par des tarifs douaniers plus élevés, elle pourrait punir les modèles haut de gamme de Mercedes et BMW, qui ne peuvent pas y être produits. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences financières pour les groupes allemands. Oliver Zipse, patron de BMW, est parmi les plus virulents sur le sujet. Il a déclaré que « les droits de douane sont des protections fantomatiques par lesquelles nous ne nuisons qu’à nous-mêmes », cite Automobilwoche.

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Volkswagen SAIC en Chine lors d’un salon. // Source : Volkswagen

Le patron de Mercedes, Ola Kallenius, réclame plutôt un alignement des droits de douane sur ceux de la Chine afin de ne pas contrarier les dirigeants politiques chinois. Le groupe Volkswagen s’oppose également à cette décision de l’UE. Il faut dire que Volkswagen tient à maintenir sa position de meilleur constructeur étranger sur le territoire chinois ; le groupe ne veut surtout pas offenser les politiques du pays, ni ses clients, par ses positions.

Un texte européen mal rédigé pourrait coûter cher aux constructeurs européens

Le patron de BMW, Oliver Zipse, a mis le doigt sur un des problèmes que pourrait générer la mesure européenne : « Plus de la moitié des importations chinoises en Europe proviennent d’entreprises non chinoises. Nous voyons donc très clairement à quelle vitesse nous pouvons nous tirer une balle dans le pied avec cela. »

Les statistiques du premier trimestre 2024 en Europe ont prouvé que plusieurs modèles fabriqués en Chine l’étaient pour le compte de marques européennes (ou étrangères) : Dacia Spring, BMW iX3, nouvelle Mini Cooper Electric, Honda e:Ny1, etc.

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Dacia Spring Extreme à 19 900 euros grâce à sa fabrication chinoise. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Les constructeurs chinois exportent de nombreuses voitures vers le territoire européen, mais peinent à les écouler, ce qui pose aussi un problème de congestion dans les ports européens. Les produire en Europe, comme le souhaitent les dirigeants politiques européens, ne rendra pas les constructeurs chinois moins menaçants pour le marché automobile.

Un risque existe : les conditions des nouveaux droits de douane pourraient sanctionner d’autres constructeurs que chinois. Toutefois, selon Automobilwoche, il n’est pas non plus exclu que le texte européen ne sanctionne que les constructeurs effectivement subventionnés. Mais tout cela ressemble en tout cas à une sacrée usine à gaz à monter.

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Livraison de MG4. // Source : MG

La Chine ne restera pas sans réagir, et c’est ce que craignent les constructeurs européens. Au-delà de sanctionner en contrepartie les véhicules européens vendus en Chine, le gouvernement pourrait aussi limiter l’accès des étrangers à des matériaux stratégiques : semi-conducteurs, matières premières ou encore batteries.

Limiter les voitures électriques chinoises en Europe est une chose, créer un conflit commercial ouvert avec la Chine en est une autre. Un sujet à suivre dans notre newsletter hebdomadaire Watt Else. Abonnez-vous pour ne manquer aucun de ces sujets.

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