Pourquoi la gouvernance dissociée n’est pas une option chez TotalEnergies

Pourquoi la gouvernance dissociée n’est pas une option chez TotalEnergies
Pourquoi la gouvernance dissociée n’est pas une option chez TotalEnergies

TotalEnergies est dans son droit, a jugé le tribunal de commerce de Nanterre le 23 mai. Le groupe n’est pas obligé, lors de son assemblée générale des actionnaires du 24 mai, de soumettre au vote consultatif une résolution visant à « mettre fin au rapprochement des fonctions de président et de directeur général» de Patrick Pouyanné, PDG depuis 2015. C’est la demande formulée le 18 avril par une coalition d’actionnaires du groupe, représentant 0,10% du capital, dont la fondation Ethos représentant les fonds de pension en Suisse et 19 investisseurs internationaux, coordonnés par l’organisme français. Forum pour l’investissement responsable. Ces derniers se sont dits inquiets d’une « stratégie climatique insuffisante », ont regretté « la difficulté à faire entendre leur voix » et ont estimé que « la séparation des rôles pourrait améliorer le dialogue avec le conseil d’administration sur les questions climatiques et de transition ». Le tribunal a estimé que la demande de la coalition contrevenait aux règles légales de répartition des pouvoirs entre l’assemblée générale et le conseil d’administration, seul habilité à décider du mode d’organisation de la gouvernance.

Ce n’est pas la première fois que des actionnaires minoritaires tentent d’influencer la politique de la compagnie pétrolière. En 2023, les actionnaires ont obtenu le vote d’une résolution pour des objectifs climatiques plus ambitieux. Mais cette fois, le conseil d’administration du groupe a senti le vent passer. Et, après avoir refusé de mettre la résolution à l’ordre du jour, a fait appel à ses autres actionnaires. Dans un mail daté du 13 mai, TotalEnergies leur a demandé de voter ou de donner pouvoir pour « soutenir la stratégie mise en œuvre », alors que le groupe « fait face à une campagne menée par des militants qui appellent notamment à voter contre le renouvellement du mandat de votre Président et Patrick Pouyanné, Directeur Général, et contre le renouvellement du mandat de Jacques Aschenbroich, Administrateur Référent ». Mais pourquoi une telle crainte et un tel refus de la part du conseil d’administration de TotalEnergies d’envisager une gouvernance séparée ? C’est devenu la règle dans tous les grands groupes, notamment aux Etats-Unis, où TotalEnergies envisage de déplacer en partie son centre de gravité, avec une éventuelle cotation à la Bourse de New York.

Atteindre les objectifs fixés pour 2030

Dans le dernier rapport Développement Durable & Climat de TotalEnergies, Jacques Aschenbroich, administrateur référent et président du comité de gouvernance et d’éthique, explique que le conseil d’administration considère « le caractère unique des fonctions de Président-Directeur Général » […] comme le mieux adapté pour faire face aux défis et aux spécificités du secteur énergétique, confronté à des transformations majeures. Et que ce mode d’exercice, qui permet « l’unité du pouvoir de direction et de représentation » est « bien encadré par la gouvernance de l’entreprise ». Mais c’est surtout Patrick Pouyanné qui ne veut pas en entendre parler. En 2020, alors qu’Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, allait être licenciée du groupe, sa stratégie déplaisant au nouveau président du conseil d’administration Jean-Pierre Clamadieu, Patrick Pouyanné expliquait déjà qu’il veillait à ce qu’un tel rien ne peut lui arriver.

En interne, on explique aussi que Patrick Pouyanné espère rester aux commandes jusqu’en 2030, horizon sur lequel il a fixé les objectifs de sa nouvelle stratégie du groupe à deux pattes, pétrole et gaz d’un côté, électricité de l’autre, lancé en 2020. Elle vise 50 % de gaz dans ses ventes, 100 GW de capacité renouvelable et produire 100 TWh d’électricité bas carbone. Histoire d’assumer le virage stratégique donné au groupe, et son changement de nom, jusqu’au bout. Et si le 24 mai, il devait être reconduit pour trois ans au poste de PDG, en 2027, ou encore plus sûrement en 2030, il pourrait en être autrement. Une gouvernance dissociée a déjà été mise en place lors des transitions managériales chez Total. Ce fut le cas entre Thierry Desmarais et Christophe De Margerie. Et lorsqu’il prend ses fonctions après le décès de Christophe de Margerie, pendant un an, Patrick Pouyanné n’en est que directeur général et Thierry Desmarais en est le président. Le nom du successeur n’est pas connu. Les prétendants seraient en lice, avec un favori. Rien ne filtrera avant que Patrick Pouyanné ne se décide.

 
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