La productivité s’effondre dans les provinces

On en entend parler de plus en plus. Même Paul Desmarais Jr., habituellement avare de commentaires, a exprimé son inquiétude à ce sujet lors de l’assemblée annuelle de Power Corporation, exhortant les parties prenantes à réagir.


Publié à 1h33

Mis à jour à 6h30

Le domaine de préoccupation ? La productivité des entreprises, c’est-à-dire leur produit intérieur brut (PIB) par heure travaillée. Il s’agit de l’indicateur phare de l’évolution de notre niveau de vie, qui est principalement influencé à long terme par les investissements des entreprises et leur capacité à innover.

Mardi, Statistique Canada a indiqué que la productivité des entreprises s’est effondrée en 2023 dans la plupart des provinces. L’un des sous-secteurs responsables est celui de la construction.

Pour l’ensemble du Canada, la productivité a chuté de 2,2 % en 2023, pour atteindre 59,10 $ l’heure travaillée (en dollars constants de 2017). Il s’agit de la plus forte baisse depuis 25 ans – si l’on exclut le phénomène post-COVID-19 de 2021 – depuis que Statistique Canada conserve la même base de données à ce sujet.

Au Québec, la productivité a chuté de 2,7 % en 2023. En Ontario et en Alberta, les baisses respectives sont de 2,3 % et 2,2 %. La Colombie-Britannique est la seule à ne pas trop mal s’en sortir, avec une baisse de seulement 0,3 %. Aie!

Le ralentissement économique de 2023 a évidemment eu un impact sur cette productivité.

Pour quoi ? Car bon nombre d’entreprises ont vu leurs revenus réels baisser en 2023, sans toutefois réduire proportionnellement leur volume de main d’œuvre, compte tenu de la pénurie qui sévit. Nous avons sans doute préféré conserver nos effectifs en attendant une reprise.

Pour mieux voir les tendances de fond, il est préférable de comparer la productivité de 2023 avec celle d’avant la pandémie, soit 2019. Cette comparaison permet d’écarter les chocs économiques temporaires provoqués par la COVID-19.

Cependant, à cet égard, le Québec est moins mauvais que la plupart des autres provinces.

Ainsi, au cours des quatre dernières années, la productivité a augmenté de 2,2 % au Québec, pour atteindre 55 $ l’heure travaillée. Pendant ce temps, il a diminué de 1,4 % en Ontario et de 3 % en Alberta. ⁠1.

La performance du Québec sur cette période est particulièrement encourageante dans le secteur des services, note le directeur adjoint du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, Jonathan Deslauriers.

Le bond sur quatre ans est de 6,8 %, comparativement à 0,7 % en Ontario. Le secteur des services représente environ 70 % de l’économie.

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En revanche, c’est une horreur pour les entreprises produisant des biens. La productivité a chuté de 6,3 % depuis 2019, tant au Québec qu’en Ontario. Et l’essentiel de cette baisse au Québec vient de la construction (-13,5%).

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” C’est énorme. La productivité s’est effondrée dans la production de biens. De nombreux facteurs entrent en jeu, mais une inflation élevée est probablement le facteur le plus important. Les salaires ont augmenté plus vite que la production de biens», explique M. Deslauriers, économiste.

Dans la construction, la rémunération totale par heure travaillée a bondi de près de 24 % au Québec au cours des quatre dernières années. Et en 2023, c’est au Québec que cette rémunération est la plus élevée au Canada, avec une moyenne de 51,56 $ de l’heure travaillée.

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La question de la productivité est d’autant plus importante que nous comptons sur elle pour accroître notre richesse, augmenter les recettes publiques et financer nos services publics.

Depuis 25 ans, la croissance de la productivité des entreprises est de 1,2 % par année en moyenne, au Québec comme au Canada. A très long terme, cette hausse est plus proche de 1,0 %, alors que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne sont à 1,5 % et la France, à 1,4 %.

Attendez-vous donc à d’autres interventions comme celle de Paul Desmarais fils.

1. Les comparaisons du niveau absolu de productivité entre les provinces, en dollars par heure travaillée, sont difficiles à faire, étant donné les prix qui diffèrent d’une province à l’autre.

 
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