Hapag-Lloyd, de retour aux bénéfices au premier trimestre 2024

En perte au dernier trimestre 2023, le bénéfice net de la cinquième compagnie aérienne régulière mondiale est repassé dans le vert. Mais, à l’exception du chiffre d’affaires, tous les indicateurs sont passés sous la barre symbolique du milliard. Les perspectives pour l’année restent prudentes mais optimistes.

À l’aube des trois premiers mois de l’année, le sentiment est plus positif qu’il y a trois mois. Les données macroéconomiques envoient des signes encourageants, même s’ils ne sont pas uniformément répartis.

Chez les deux premières puissances économiques mondiales, les Etats-Unis et la Chine, qui ont enregistré respectivement une croissance de 5,3% et 3% au premier trimestre, les prévisions ont été revues à la hausse. Les importations et les exportations ont repris un certain élan, un facteur qui influence la demande de transport maritime de conteneurs et d’activités de manutention dans les terminaux.


Crédit photo : ©JMM

Les exportations et importations reprennent des couleurs

Dans une Chine paralysée par la crise immobilière, les exportations de biens ont augmenté de 4,9 % et les importations de 5 % par rapport au premier trimestre 2023 selon le Bureau national des statistiques de Chine (avril 2024).

Outre-Atlantique, les importations de biens ont augmenté de 1% au cours des trois premiers mois tandis que les exportations ont chuté de 1,2% selon le département américain du Commerce.

Dans la zone euro, la consommation et la production stagnent toujours mais le spectre de la récession s’éloigne selon les institutions financières qui se montrent également optimistes quant à la baisse de l’inflation. Les exportations européennes ont légèrement augmenté de 0,5% au cours des deux premiers mois de 2024 par rapport à la période de l’année précédente. En revanche, les importations de biens ont baissé de 14,2%.

Cette amélioration se reflète dans le transport de conteneurs. Les volumes transportés ont rebondi de 12% sur les deux premiers mois de l’année (données CTS) par rapport à la période comparable en 2023, de 25,4% entre l’Asie et l’Amérique du Nord et de 11,5% entre l’Asie. et l’Europe du Nord.

Les taux de fret rebondissent

Rendus nerveux par les perturbations géopolitiques, les taux de fret ont rebondi. L’augmentation des distances générées par les attaques des Houthis en mer Rouge, dont une grande partie de la flotte s’est détournée pour emprunter la route alternative via le Cap de Bonne-Espérance, ne peut être que rentable : elle consomme de la capacité de transport et provoque de facto un augmentation des coûts de transport
Pour preuve, le Shanghai Containerized Freight Index (SCFI), qui suit les taux de fret spot sur les routes commerciales les plus importantes au départ de Shanghai, était coté à 1 994 fin mars 2024 contre 853 fin décembre. Fin mars, la part des navires déclassés ne représentait que 0,9% de la flotte mondiale contre 2,3% en mars 2023.


Crédit photo : ©JMM

Le résultat net redevient vert

Dans ce contexte, le groupe Hapag-Lloyd, qui, depuis ses participations dans les terminaux, a désormais séparé ses activités en deux segments : « Liner Shipping » et « Terminal & Infrastructure », a conclu un premier trimestre qui, contrairement à toutes les apparences, reflète l’amélioration. Parce que le transporteur allemand faisait partie des entreprises qui ont présenté un quatrième trimestre 2023 avec un déficit de 234 millions de dollars.

Au cours du premier trimestre, le résultat net est revenu au vert (325 millions de dollars), certainement loin des 2 milliards de dollars réalisée entre janvier et mars 2023. Cependant, tous les indicateurs ont quitté la sphère des milliards, hors chiffre d’affaires, à 4,62 milliards de dollars (dont 4,1 milliards de dollars rien qu’avec l’activité maritime), réduit de 1,4 milliard de dollars (- 24,2%) par rapport à l’exercice trimestriel 2023.

Les bénéfices d’exploitation passent sous la barre du milliard

En revanche, les résultats opérationnels s’expriment désormais en millions, avec un Ebitda (bénéfice consolidé avant intérêts, impôts et amortissements) de 942 millions de dollars et une Résultat opérationnel avant intérêts et impôts (Ebit) de 396 millions de dollars.

Les revenus commerciaux du groupe ont été pénalisés par une revenu moyen par EVP en baisse de 640 $, est passé de 1 999 $ à 1 359 $. LE les volumes transportés en hausse de 6,8%, à 3 MEVP, n’a pas permis de compenser.


Crédit photo : ©JMM

Perte de 2 000 contrats de transport

Même si elle a perdu 2 000 contrats de transport (19 200 clients contre quelque 21 000 au premier trimestre 2023), l’entreprise a réussi à augmenter ses volumes sur le trafic transpacifique et intra-asiatique, grâce à « notamment l’augmentation des capacités de transport », précise le groupe. Sans surprise, ils ont diminué au Moyen-Orient où les entreprises ne transitent plus.

Le transporteur enregistre également ses meilleurs revenus là où il déploie le plus de services sur un réseau qui en compte 114. Ainsi son premier marché, l’Amérique latine où il déploie 24 lignes contre 9 entre l’Asie et l’Europe par exemple. Le continent sud-américain a contribué pour 953 millions de dollars au chiffre d’affaires du groupe avec 753 000 EVP transportés sur un total de 3 MEVP. Mais ce n’est pas avec ces services que le revenu moyen par EVP est le plus lucratif (1 356 EVP), loin derrière le transpacifique (1 600 $) et l’Afrique (1 550 $), cette dernière desservie par 17 lignes.

Des dépenses en hausse

L’inflation des dépenses de fonctionnement est principalement liée à bunker dû au déroutement des navires autour du cap de Bonne-Espérance. À 597 $ la tonne, le prix moyen du mazout à faible teneur en soufre était inférieur de 48 $/t à celui de la même période l’an dernier. ” Cependant, en raison de l’augmentation de la consommation de carburant par rapport à la période de l’exercice précédent, les dépenses ont augmenté de 9,1 millions de dollars pour atteindre 686 millions de dollars. », explique la direction d’Hapag-Lloyd.

De plus, le transport maritime étant désormais soumis au système d’échange de quotas d’émission de l’UE, Hapag-Lloyd a été obligé d’acheter et de soumettre des quotas pour 22,3 millions d’euros.

LE frais de manutention des conteneurs (1,6 G$) sont en baisse de 19,8 M$ en lien avec la réduction des frais de surestaries et d’entreposage des conteneurs. En revanche, les coûts générés par le repositionnement ont augmenté, principalement à cause des manutentions supplémentaires générées par les perturbations en mer Rouge.

Un bénéfice de 35 millions de dollars avec la nouvelle activité

Nouveau segment créé au second semestre 2023 suite à l’acquisition de l’opérateur portuaire chilien, Activité Terminaux & Infrastructuresdans lequel ont été versées les participations détenues par Hapag-Lloyd dans les terminaux, a réalisé un Ebitda de 35 millions de dollars et un Ebit de 18 millions de dollars.

Bien que nos résultats soient nettement inférieurs aux chiffres exceptionnellement solides de l’année précédente, les tarifs se sont stabilisés au cours du premier trimestre en raison du réacheminement des navires autour du Cap de Bonne-Espérance et de la demande accrue de capacité. Les nombreux nouveaux navires qui ont été et seront livrés en 2024 ont permis de maintenir les chaînes d’approvisionnement sans trop de perturbations », déclare Rolf Habben Jansen, PDG de Hapag-Lloyd.

Des perspectives prudentes

Craignant un déséquilibre entre l’offre et la demande compte tenu de la capacité supplémentaire de 3 MEVP ajoutée au marché cette année et du « degré élevé d’incertitude », le conseil d’administration de l’entreprise prévoit un Ebitda compris entre 2,2 et 3,3 milliards de dollars et une Ebit compris entre 0 et 1,1 milliard de dollars. Il s’agit néanmoins d’un optimisme prudent.

Pas un seul armateur ne manque de souligner la surcapacité structurelle qui risque de grignoter leurs profits et de les rendre nerveux, mais à l’exception de Maersk, ils y ont tous volontiers souscrit…

La capacité de la flotte de Hapag-Lloyd s’élevait à un peu plus de 2 MEVP au 31 mars, soit une augmentation de 13,7 % sur un an, dont 60 % étaient détenus. A cette date, le carnet de commandes du numéro cinq mondial comprenait huit porte-conteneurs de 23 664 EVP et un de 13 288 EVP, dont la livraison est prévue pour les années 2024 à 2025.

L’entreprise hambourgeoise aura de quoi faire face à l’adversité si elle doit s’exprimer. Comme ses pairs, il dispose d’une liquidité élevée reconstituée grâce à la pandémie.

Adeline Descamps

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

NEXT Le salon automobile de Genève sabordé face à la baisse d’intérêt des constructeurs