quand la BOAD actionne ses leviers financiers

quand la BOAD actionne ses leviers financiers
quand la BOAD actionne ses leviers financiers

(Agence Ecofin) – La banque basée à Lomé, qui couvre les huit pays de l’UEMOA, va surtout se lancer dans une nouvelle vague d’opérations d’ici la fin de ce premier semestre, a confié leAgence Ecofin son président, Serge Ekué.

Depuis son arrivée à la tête de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) en 2020, Serge Ekué (photo) a activé plusieurs leviers financiers pour exploiter « pleinement le potentiel de l’institution ». L’assurance-crédit, la titrisation, l’augmentation de capital et la dette super subordonnée sont au cœur de cette stratégie visant à renforcer les capacités de financement de la banque pour accroître de 50% à l’horizon le financement des Etats de la sous-région. Pour soutenir le Plan Djoliba qui doit mobiliser plus de 3 300 milliards de francs CFA pour atteindre ses objectifs, la BOAD s’apprête à lancer une nouvelle série d’opérations financières. Décryptage.

Nouvelle assurance-crédit : après le souverain, soignez-vous du portefeuille » privé “

Dès 2021, la BOAD a activé l’un des premiers leviers de la BOAD : la souscription à un contrat d’assurance-crédit. Cette première opération portait sur un portefeuille de 44 milliards de francs CFA. La dynamique s’est poursuivie en juillet 2023 avec la signature d’une nouvelle police d’assurance auprès d’assureurs européens notés entre « A- » et « AA- », couvrant cette fois 278 milliards de francs CFA de prêts répartis sur l’ensemble des pays de la zone UEMOA.

Grâce à ces différentes politiques, la BOAD a porté la part de son portefeuille de prêts assurés à 11%, soit un montant de 322 milliards de francs CFA, l’équivalent de 500 millions d’euros. Ce mécanisme de protection vise à transférer une partie des risques de défaut vers des assureurs externes. ” L’assurance-crédit est une mesure de précaution essentielle qui renforce la qualité de notre portefeuille et optimise l’utilisation de notre capital », justifie Serge Ekué.

Les répercussions sont notables. « Sur cette opération de 322 milliards de francs CFA, nous avons réussi à économiser l’équivalent de 80 milliards de fonds propres », se félicite le financier béninois. Grâce à l’effet de levier, la BOAD peut ainsi redéployer 235 milliards de francs CFA, augmentant ainsi sa capacité de financement de nouveaux projets. ” Cela justifie largement l’assurance de portefeuille, ainsi que la prime que nous payons », il ajoute.

Galvanisée par ce succès, la BOAD prépare déjà sa prochaine offensive sur le front de l’assurance-crédit. Serge Ekué annonce que cette fois, l’accent sera mis sur des secteurs précis comme l’immobilier résidentiel. ” En créant un portefeuille cohérent d’expositions immobilières, la BOAD cherche à attirer des investisseurs spécialisés dans l’immobilier, tant au niveau régional qu’international.précise-t-il.

Nouvelle opération de titrisation : 100 milliards FCFA en ligne de mire

Parallèlement, la banque basée à Lomé s’apprête à lancer une nouvelle opération de titrisation. La précédente, réalisée l’année dernière, portait sur un montant de 150 milliards de francs CFA sur sept ans avec un taux de 6,10%. Même si certains ont critiqué ce taux élevé, M. Ekué défend cette stratégie en révélant les économies de fonds propres réalisées grâce à la titrisation. « Même si nous avons payé un taux de 6,10 %, les économies réalisées grâce à la libération de fonds propres et à l’optimisation de notre bilan ont généré un bénéfice net équivalent à environ 300 ou 400 points de base », explique le gérant. En d’autres termes, les revenus supplémentaires qui pourraient être obtenus en réinvestissant les fonds propres libérés compensent largement le coût initial de l’opération.

Selon certaines informations, la prochaine opération de titrisation se concentrera sur le secteur de l’immobilier résidentiel. ” Nous allons créer des Residential Mortgage-Backed Securities (RMBS) pour attirer les investisseurs spécialisés dans l’immobilier résidentiel », dit le banquier. En regroupant ses expositions dans ce domaine, la BOAD espère créer un portefeuille attractif pour les investisseurs, tant dans la région qu’à l’international. « Nous souhaitons récupérer dans notre portefeuille toutes les expositions en immobilier résidentiel, non commercial, pour créer un portefeuille cohérent et granulaire », il ajouta. Cette approche permettra à la BOAD de transformer des actifs illiquides en titres liquides, optimisant ainsi son bilan et augmentant sa capacité de prêt, assure-t-on.

« Le gros avantage de ces opérations est que la BOAD n’immobilise plus ses fonds propres pendant la durée de son engagement. Nous rétablissons ainsi la capacité du bilan à prêter à nouveau sans solliciter de nouveaux actionnaires », a expliqué S. Ekué. Cette opération de titrisation d’envergure, visant à mobiliser 100 milliards de francs CFA pour le secteur privé, est en cours de structuration. Prévue au premier semestre, elle représente une étape clé du vaste programme de titrisation de plus de 500 milliards de francs CFA destiné à financer le plan Djoliba.

Dette super subordonnée : moitié dette, moitié fonds propres

En décembre 2023, la BOAD a porté un grand coup en mobilisant 100 millions $ de dette super subordonnée et 30 millions $ de capital dur, grâce à une contribution de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Celui-ci aurait également joué un rôle actif dans les apports des États membres lors de l’augmentation de capital de l’institution de développement, contribuant ainsi à hauteur de 530 millions d’euros au total. Sur cette somme, 400 millions ont été affectés au financement de la part de l’augmentation de capital allouée aux Etats.

“Trouver une banque qui investit plus d’un demi-milliard d’euros en capital dans notre région est un signe de confiance exceptionnel”, a ajouté le président de la banque, expliquant que pour les agences de notation comme Fitch, 100% des 100 millions injectés par la banque arabe étaient considérés comme des fonds propres. “Nous élaborons un produit qui ressemble aux actions, qui a l’odeur et la couleur des actions, et qui sera reconnu par les agences de notation comme un produit proche des actions.” Bien qu’il ne s’agisse pas de fonds propres au sens strict, ce mécanisme ne modifie ni l’actionnariat ni la gouvernance de la banque.

“Cela nous permet de prêter l’équivalent de 300 millions d’euros grâce à l’effet de levier, soit 400 millions d’euros injectés sur le marché”se félicite l’ancien de Natixis, en poursuivant : « onous avons donc des capitaux frais immédiatement utilisables, et surtout, dans les métiers qui sont les nôtres, dans la situation économique qui est la nôtre, pouvoir dire que nous disposons de fonds propres immédiatement, c’est la meilleure réponse à tous les accidents que la BOAD peut être exposé à tous les risques endogènes et exogènes. Il se félicite que son institution soit la première banque de développement au monde à réaliser une telle opération, bien avant la Banque mondiale ou même la BAD.

Ce premier coup dur, selon le gérant, ouvre la porte à l’arrivée imminente d’un investisseur de renom, noté AA, prêt à injecter également des fonds sous forme de dette super subordonnée. ” Nous espérons finaliser cette transaction significative avec cet actionnaire de premier plan d’ici le mois prochain », a déclaré le président de la BOAD.

Environnement difficile

Pour cet instrument hybride, la BOAD recherche 600 millions $, une somme indispensable au plan de renforcement de son capital qui doit augmenter de 1,5 milliard $, dont plus de la moitié a déjà été mobilisée. Ces fonds serviront d’une part à déployer le bilan de la banque, et d’autre part à protéger son profil financier contre d’éventuels chocs, afin de préserver sa notation « Investment Grade ». Cette orientation devient d’autant plus pertinente que l’agence de notation Fitch a récemment revu sa perspective à la baisse, notamment en raison de l’arrêt des remboursements de la Guinée-Bissau, qui représente 5% du portefeuille, une exposition que Serge Ekué considère comme « peu élevée ».

« Nous avons tous été surpris que Fitch soulève un sujet concernant la Guinée-Bissau. Nous avons tous été surpris. Nous sommes en discussion avec eux pour voir comment corriger cela, car les montants en jeu ne sont pas très élevés, et nous pensons que ces perspectives négatives ne correspondent pas à la situation. »il a noté.

Et de poursuivre : « Nous pensons que l’ensemble de nos actions, y compris les différentes mesures d’augmentation de capital, le renforcement de nos fonds propres, ainsi que l’optimisation de notre bilan, devraient conduire à une appréciation moins sévère de la part de Fitch.

La BOAD doit néanmoins relever un autre défi : convaincre d’autres investisseurs internationaux de réaliser cette augmentation de capital. Et sur ces aspects, son leader compte sur une gouvernance solide et transparente pour y parvenir. ” Notre structure financière est très saine, notre gouvernance est très saine et nous sommes très transparents », il a dit. La banque indique ainsi travailler déjà en étroite collaboration avec des partenaires internationaux tels que l’AFD, la KfW, la Banque africaine de développement et la Banque européenne d’investissement pour renforcer sa capacité de financement.

Bien qu’elle soit pleinement engagée, et que l’optimisation de son bilan ainsi que le renforcement de ses fonds propres soient essentiels, la BOAD reconnaît qu’elle évolue dans un contexte complexe. Les tensions régionales accrues et l’augmentation des dépenses de sécurité accentuent les défis auxquels le pays est confronté, notamment les besoins pressants en matière de financement du développement. Serge Ekué a souligné que dans certains Etats, plus de 30% du budget est consacré aux dépenses de sécurité, laissant ainsi un déficit important à combler pour le financement du développement. Ce besoin est d’autant plus pressant dans un contexte de croissance démographique rapide dans la région, avec une population qui double tous les 25 ans, amplifiant la demande en énergie, en santé et en infrastructures.

Fiacre E. Kakpo

 
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