Frédéric Fréry, ESCP Business School – Les dangers des stratégies de volume et des économies d’échelle – Stratégies & Management – ​​.

Frédéric Fréry, ESCP Business School – Les dangers des stratégies de volume et des économies d’échelle – Stratégies & Management – ​​.
Frédéric Fréry, ESCP Business School – Les dangers des stratégies de volume et des économies d’échelle – Stratégies & Management – ​​.

Vous avez certainement déjà entendu cette blague d’entrepreneur : « Ce n’est pas grave de vendre à perte, on se rattrape sur le volume ! » « . Non ! Si vous vendez à perte, vous perdrez encore plus en volume. En fait, derrière cette plaisanterie, on devine les limites d’un concept majeur en stratégie d’entreprise : les économies d’échelle.


La notion d’économies d’échelle repose sur la distinction entre vos coûts fixes et vos coûts variables. Vos coûts variables sont ceux qui sont proportionnels à votre activité : plus vous produisez, plus ils augmentent. C’est souvent le cas de l’énergie ou des matières premières. A l’inverse, vos coûts fixes sont ceux qui ne sont pas censés augmenter avec le volume. C’est le cas par exemple des bâtiments, de la recherche et développement, ou de la plupart des salaires : quoi qu’il arrive, quel que soit votre volume d’activité, vous devez les payer. Le postulat des économies d’échelle est que si vous produisez plus avec les mêmes coûts fixes, vous pourrez les répartir sur un plus grand nombre d’unités, et donc mécaniquement le coût de chaque unité diminuera. Dans cette logique, vous avez donc intérêt à produire plus pour gagner plus. C’est ce qu’on appelle une stratégie de volume.


Cependant, ce n’est pas aussi simple, ni surtout aussi automatique.


Par exemple, si pour produire une seule unité supplémentaire il faut embaucher un nouvel employé, acheter une nouvelle machine, voire construire une nouvelle usine, c’est bien de déséconomies d’échelle qu’il faudra parler : le coût de cette unité supplémentaire sera être considérable. En fait, les coûts fixes ne sont pas fixes : ils n’augmentent pas de manière linéaire avec le volume, mais ils augmentent par étapes soudaines, ce qui peut détruire l’effet d’échelle accumulé.


De plus, il n’est pas toujours facile de distinguer ce qu’est un coût fixe d’un coût variable. Prenons l’exemple des salaires. Certains sont fixes, comme le salaire de l’agent de sécurité ou du standardiste, d’autres sont variables, comme ceux des commerciaux, tandis que d’autres encore dépendent de l’environnement juridique : CDI, CDD, stagiaires, intérimaires ? Globalement, calculer les économies d’échelle devient vite un casse-tête.


De même, tout dépend de votre niveau d’analyse. Si vous regardez au niveau de l’entreprise, les matières premières et l’énergie sont généralement des coûts variables et les bâtiments sont des coûts fixes. Mais si l’on regarde au niveau d’un produit, il faut toujours la même quantité d’énergie et de matière pour le produire, et a contrario la part du coût des bâtiments que vous y allouerez dépend du volume de production. Fondamentalement, au niveau du produit, les coûts fixes sont variables et les coûts variables sont fixes.


Globalement, avant de construire une stratégie de volume basée sur l’exploitation d’économies d’échelle, il est important de rappeler une règle essentielle en contrôle de gestion : un coût est une opinion. Le calcul des coûts résulte de nombreux arbitrages, de normes fluctuantes et de décisions toujours contestables. À partir de là, faire des économies d’échelle le moteur de votre stratégie revient à vendre à perte en espérant se rattraper en volume.

 
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