Le plan de sauvetage d’Alstom commence à porter ses fruits pour les analystes et les investisseurs

Le plan de sauvetage d’Alstom commence à porter ses fruits pour les analystes et les investisseurs
Le plan de sauvetage d’Alstom commence à porter ses fruits pour les analystes et les investisseurs

Depuis l’été dernier, le titre Alstom a connu une montagne russe, ce qui a conduit l’industriel français à quitter le CAC 40 le 5 mars. Coté à 15,74 euros vendredi 3 mai, le titre est tombé à 10,70 euros en décembre dernier après avoir dépassé les 28 euros. à fin juillet 2023. Depuis le début de l’année, la hausse du titre est de 29%, ce qui ne l’empêche pas d’avoir chuté de 30% en un an. La faute à de gros problèmes de trésorerie. Il y a près d’un an, Moody’s a abaissé la note d’Alstom à Baa3, dernière étape avant de passer du statut « d’investissement » à celui de « spéculatif ». Après avoir évité de nouvelles dégradations l’automne dernier, le chiffon rouge s’agite toujours.

Une situation paradoxale

La situation d’Alstom est paradoxale. Bonne nouvelle, son carnet de commandes est bien rempli avec plus de 90 milliards d’euros d’engagements. Il n’en reste pas moins que le groupe fait face à des retards de livraison, des usines saturées, d’autres menacées de fermeture et des problèmes financiers largement liés à l’absorption de Bombardier Transports. La CGT va plus loin et relie l’origine des problèmes financiers au passage de Bouygues comme actionnaire. “Il a vidé les caisses et ça, c’est bien plus important que les conséquences du rachat de Bombardier, dénonce Boris Amoroz, délégué syndical CGT Alstom. En 2019, Bouygues a reçu 3 milliards d’euros de dividendes exceptionnels, qui ont mis Alstom en difficulté et pourtant, il n’a jamais rien fait pour l’entreprise.

Cette mauvaise passe n’aurait pas de telles répercussions sans le pouvoir exorbitant des agences de notation. Henri Poupart-Lafarge est certain de réussir à intégrer l’industriel canadien dans les deux prochaines années. Si cela a pris plus de temps que prévu, c’est parce que la situation de Bombardier était encore plus catastrophique que prévu. Les dirigeants de Saint-Ouen ont-ils mal évalué la situation ? Lors du rachat du groupe canadien, ils ont finalement baissé le prix d’acquisition. « Il était de notoriété publique que Bombardier Transport se portait mal et que les problèmes de trésorerie venaient du fait que la situation est toujours pire que prévu. analyse Patrick Jeantet, président de la Fédération des industries ferroviaires (FIF). À cela, il faut ajouter les difficultés des chaînes d’approvisionnement mondiales. Alstom a dû reconstituer ses stocks et mobiliser des liquidités. »

Chez Bombardier, les fournisseurs n’étaient pas toujours payés, comme nous l’ont confirmé nos sources au Québec et au Royaume-Uni, qui ont accueilli Alstom avec soulagement. Des contrats déficitaires, impossibles à conclure dans les délais, avaient été signés alors que les usines manquaient souvent d’investissements. Selon nos informations, les retards de livraison ont été cinq fois plus importants chez Bombardier que chez Alstom.

700 millions d’euros de cessions d’actifs

Le 4 octobre, Alstom annonçait que sa trésorerie serait négative d’environ 1,15 milliard d’euros au premier semestre de son exercice 2023-2024 et le titre avait plongé de 40 %. Depuis, la direction s’emploie à réduire la dette avec pour objectif de réduire sa dette de 2 milliards d’euros d’ici 2025.

Dans l’immédiat, la première étape consiste à présenter un bilan acceptable pour Moody’s. La vente des activités nord-américaines de signalisation pour 630 millions d’euros au groupe allemand Knorr-Bremse AG a déjà séduit les analystes, à commencer par Deutsche Telekom. Henri Poupart-Lafarge avait annoncé entre 500 millions et 1 milliard d’euros de cessions pour son groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 12,8 milliards d’euros sur les trois premiers trimestres de l’exercice 2023/2024 clos le 31 mars. Alstom s’est également débarrassé en janvier de ses parts dans le russe TMH, dont il détenait 20 % du capital, pour 75 millions d’euros. Alors qu’on parlait de transferts en Chine, selon une Source syndicale, l’idée a été abandonnée.

Les analystes sourient à nouveau

Selon la note des analystes de CITI datée du 21 avril, « à 630 millions d’euros, cela répond largement à l’objectif annoncé de 0,5 à 1 milliard d’euros de cessions totales. […] La valorisation semble bonne sinon spectaculaire, […] On attend un point sur le plan à 2 milliards d’euros […] Notre objectif de cours à 12 mois sur Alstom est de 24 euros. Selon les analystes de Deutsche Bank, qui estiment que le pire est passé, l’augmentation de capital pourrait être limitée à 500 millions d’euros au lieu d’un milliard envisagé il y a quelques mois.

“Les signaux dont nous disposons actuellement montrent que nous devrions terminer l’exercice après avoir récupéré, rassure Claude Mandart, délégué central CFE-CGC. Le discours est paradoxal. Des coupes seront opérées dans les fonctions supports, alors que le carnet de commandes approche les 100 milliards d’euros. Le problème est la capacité à livrer à temps et à générer des liquidités. La modernisation des usines, la robotisation, l’arrivée de l’IA… Tous ces leviers devraient faire gagner du temps à condition que le plan social ne perturbe pas la production, le recrutement et la formation. Selon les prévisions d’Alstom, le chiffre d’affaires devrait croître d’environ 5%, la marge opérationnelle d’environ 6% et un cash-flow négatif de 500 à 750 millions d’euros.

Il ne faut pas oublier qu’Alstom dispose d’atouts considérables. C’est le seul constructeur mondial présent sur tous les continents, son carnet de commandes est bien rempli ce qui permet de mieux sélectionner les appels d’offres, et les livraisons des contrats Bombardier s’épuisent. Pour la CGT, « L’entreprise n’est pas dans une si mauvaise situation. Il y a des problèmes de trésorerie, mais ce sont des contrats à long terme et nous sommes payés à la fin.», rappelle Boris Amoroz. Quant à l’avenir d’Henri Poupart-Lafarge, il est sans doute lié à la communication financière du mercredi 8 mai attendue par l’ensemble des investisseurs et de Moody’s. “Si la situation financière s’améliore sensiblement, je ne le vois pas partir, confie une Source interne. En revanche, si la note est dégradée, elle sautera. L’avenir sera scellé pendant les Jeux olympiques.

 
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