Licencié pour avoir couvert des dépenses

Licencié pour avoir couvert des dépenses
Licencié pour avoir couvert des dépenses

Un vice-président d’Investissement Québec a été congédié sans solde parce qu’il aurait dissimulé des dépenses en alcool


Publié à 1h32

Mis à jour à 5h43

L’ancien numéro trois d’Investissement Québec, congédié en novembre dernier, aurait participé à un « stratagème » visant à faire en sorte que l’entreprise d’État « paie sans le savoir les boissons alcoolisées » de 340 de ses employés invités à une fête.

C’est ce qu’affirme le bras financier québécois dans sa réponse à la poursuite de 2,7 millions déposée par son ancien premier vice-président du réseau régional, Jocelyn Beauchesne, en février.

L’ancien directeur avait invité les membres de sa division à l’hôtel Hilton Double Tree du Complexe Desjardins le 21 novembre 2023, explique la société d’État pour sa défense. Au cours de la soirée, il se serait adressé aux 340 invités pour leur dire qu’il s’était « arrangé » pour avoir « de l’alcool aux frais d’Investissement Québec, en violation de la politique applicable ».

Il aurait ajouté avoir assuré « que la facture n’indiquait pas que l’hôtel servait des boissons alcoolisées » et « que cela devait rester entre les salariés présents », selon la défense de l’entreprise étatique, consultée par La presse.

340 « complices »

« Autrement dit, un membre du comité de direction d’Investissement Québec, qui a le devoir d’être le gardien des valeurs et de l’intégrité de l’organisation, a affirmé publiquement à ses 340 employés qu’il agissait de manière à tromper Investissement Québec afin de violer sciemment une politique et le code d’éthique de cette dernière, tout en leur demandant d’être complices de cette conduite », mentionne le bras financier de l’État pour sa défense.

Investissement Québec précise qu’un collègue de Beauchesne avait d’abord demandé l’autorisation de payer l’alcool aux employés.

« Nous ne pouvons pas prendre un forfait qui inclut de l’alcool. Si les salariés souhaitent boire de l’alcool, cela se fait à leurs frais », aurait répondu la direction des ressources humaines.

Malgré ce refus, elle se serait arrangée avec l’hôtel pour que le service des finances d’Investissement Québec « ignore que la prestation facturée incluait le service d’alcool ». Le geste était donc « prémédité », souligne l’entreprise étatique.

Après une demande d’accès à l’information, Le Journal de Montréal a révélé en février que la réception avait coûté au total 115 186 $, dont seulement 8 716 $ en coupons donnant accès à des boissons, alcoolisées ou non.

Dénonciation

Aucun autre membre de la direction n’était présent à la soirée. « L’incident a fait l’objet d’une dénonciation dès le lendemain de l’événement », indique Investissement Québec.

Deux jours plus tard, Beauchesne et son collaborateur auraient reconnu les faits lors d’une rencontre.

La semaine suivante, la société d’État congédiait Beauchesne pour avoir « violé une règle de gouvernance », sans fournir plus de détails, comme le rapporte La presse à l’époque.

L’ancien vice-président a alors intenté une action en justice de 2,7 millions de dollars contre elle, dénonçant « son éviction du lieu de travail, sans préavis ni indemnisation ».

Pour sa défense, Investissement Québec juge que Beauchesne a « trompé » son employeur dans un « geste prémédité ».

Son « insubordination face aux instructions reçues » démontre « un grave manque de jugement », affirme l’entreprise publique. « Il s’agit d’une violation délibérée, publique et inexcusable des obligations du plaignant en tant que membre du Comité exécutif et de son devoir de loyauté. »

«Mauvaise foi», dit Beauchesne

Dans sa plainte, l’ex-VP juge au contraire le comportement de son ex-employeur « offensant, négligent, précipité, fermé, aveuglé, têtu ».

Dans sa poursuite, il dénonce « son éviction du lieu de travail, sans préavis ni indemnité », jugeant qu’Investissement Québec fait preuve d’une attitude « irrégulière » et de « mauvaise foi ».

Selon Jocelyn Beauchesne, la société d’État aurait aggravé sa «conduite déjà grossièrement abusive et très gravement préjudiciable» en communiquant avec les médias au sujet de son congédiement.

Beauchesne prévoit interviewer dans les prochaines semaines Guy Leblanc, PDG d’Investissement Québec jusqu’en février, Marie Zakaïb, première vice-présidente aux ressources humaines, et Julie Bouchard, responsable de l’audit interne, entre autres.

Sa rémunération totale était de 674 303 $, qui comprend les primes et avantages sociaux. Il n’avait droit à aucune indemnisation lorsqu’il a été licencié.

Contacté par La presse, Jocelyn Beauchesne a refusé de commenter la défense d’Investissement Québec. Son avocat, Me Bernard Moreau, a simplement réitéré que son client « conteste les allégations de détournement de fonds portées contre lui ».

Jocelyn Beauchesne, à l’emploi d’Investissement Québec depuis 2017, souligne dans sa poursuite avoir réalisé « la fusion des opérations des bureaux régionaux » de la société d’État avec celles du ministère de l’Économie.

Il dit s’être hissé « au tout premier rang » en 2022, comme premier vice-président du réseau régional. Il a également rejoint les comités de direction, de crédit et d’investissement avant sa chute.

La réclamation de Beauchesne, de 2,7 millions, comprend 1,55 million de gains pour deux années de service et 1,12 million de dommages, notamment pour atteinte à sa réputation.

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV TNM investit 2,3 millions de dollars pour renforcer son réseau Internet
NEXT Pas de millionnaire au tirage du Swiss Loto