Avec l’acquisition de Cobham AeroComms, Thales affiche ses ambitions dans le cockpit connecté

Avec l’acquisition de Cobham AeroComms, Thales affiche ses ambitions dans le cockpit connecté
Avec l’acquisition de Cobham AeroComms, Thales affiche ses ambitions dans le cockpit connecté

« L’intention est très claire. Cela nous apportera de la connectivité ». Yannick Assouad n’hésite pas à évoquer le rachat de Cobham Aerospace Communications – également connu sous le nom d’AeroComms – par Thales. Rencontré lors de la conférence World Connect organisée par le groupe APG à Monaco, le directeur général adjoint en charge des activités Avionique du groupe français a détaillé pour La Tribune la stratégie de cette opération évaluée à plus de 1,1 milliard de dollars.

« Cobham Aerospace Communications est l’une des premières entreprises au monde et la première en Europe à avoir certifié une cyber-antenne sécurisée en bande L avec la constellation de satellites Inmarsat. Ce qui constitue une première brique pour la connectivité des cockpits d’avions », explique Yannick Assouad. Un domaine que Thales compte développer, notamment autour de sa suite FMS (Système de gestion de volou l’ordinateur de bord qui gère le vol) appelé Pureflyt.

Si les premières applications pourraient concerner le domaine des e-VTOL (dispositifs électriques à décollage et atterrissage verticaux), l’objectif ultime est de passer à une application dans l’aviation commerciale. “Si on veut apporter plus de sécurité, si on veut réduire le nombre de pilotes, il faut connecter l’avion à l’ATC (contrôle aérien, ndlr) et au monde extérieur”, explique le directeur de Thales. Lorsqu’elle parle d’extérieur, elle pense plus particulièrement à l’échange de données météorologiques en temps réel, qui pourrait constituer un premier cas d’application pour l’aviation commerciale.

Safran, ce nouvel « acheteur en série » en quête de plus d’autonomie stratégique

Vers un cockpit connecté

Une fonction parfaitement intégrable à Pureflyt, une avionique conçue dès l’origine autour de cette connectivité. « Il s’agit bien d’un FMS et d’un assistant pilote. Et dans l’assistant pilote, vous pouvez intégrer beaucoup de choses, y compris les communications externes, qu’il s’agisse de météo ou d’ATC, que le pilote décide d’intégrer ou non au FMS. C’est pourquoi nous avons besoin de Cobham Aerospace Communications », explique Yannick Assouad. Autant de fonctions qui, selon elle, permettront d’augmenter la sécurité des vols, de réduire la consommation de carburant ou encore de limiter les effets non-CO2 en évitant les zones de condensation par exemple.

« S’il y a un incident météorologique, le pilote assistant non seulement informera le pilote qu’il y a un incident météorologique, mais il lui proposera par la même occasion une trajectoire modifiée. Pour éviter de surcharger le pilote, l’assistant lui indiquera pourquoi il soumet une trajectoire modifiée et lui proposera de l’envoyer automatiquement à l’ATC. Si le changement de route est validé par l’ATC, le pilote peut alors demander à l’assistant de l’intégrer dans le FMS », Yannick Assouad, Directeur Général Adjoint en charge des activités Avionique chez Thales.

Les portes sur l’extérieur s’ouvriront encore très progressivement, notamment en raison du risque cyber. Si l’aviation a progressivement ouvert la connectivité sol-bord pour la transmission de certaines données de maintenance (messages Acars) ou la cabine (Wi-Fi), le cockpit est jusqu’à présent resté un monde relativement hermétique. D’où le maintien de cette ségrégation entre l’ordinateur et l’assistant pilote qui communique avec le monde. La validation des informations par le pilote avant leur intégration dans le FMS restera une étape essentielle encore plusieurs années, avant que les concepts « plus intégré » ne vois pas la lumière du jour. « Dans un avenir plus lointain, il n’y a aucune raison pour que cette transmission de données n’ait pas lieu »ajoute celui qui est membre du comité exécutif de Thales.

Thales travaille avec Pureflyt sur le cockpit du futur

voix numérique

Toujours dans le but de renforcer les communications sol-bord de manière sécurisée, Yannick Assouad indique également “que Cobham est aussi un spécialiste de l’audio et de la radio dans le cockpit, un domaine que Thales a abandonné sur la partie civile”. Une brique qu’elle juge néanmoins indispensable pour piloter le cockpit connecté au même titre que la liaison de données. Le retrait de Thales de ce domaine avait également permis à la filiale du groupe britannique Cobham de s’implanter sur tous les avions Airbus.

Cela pourrait permettre d’accélérer les travaux de Thales dans le domaine de la reconnaissance vocale des pilotes. « Nous allons jusqu’à imaginer que la voix du pilote puisse être numérisée. Nous travaillons sur ce type de système pour communiquer numériquement et non plus audio”, explique Yannick Assouad, qui voit un grand potentiel dans la réduction des risques d’erreurs et d’incompréhensions entre pilotes et contrôleurs aériens. Un métier qui demande une bonne dose d’intelligence artificielle, ne serait-ce que pour s’accommoder des accents linguistiques de chacun.

Un seul pilote dans le cockpit d’Airbus et de Boeing, est-ce une fatalité ?

2026 en attendant 2035

Pureflyt entrera en service fin 2026 sur toutes les gammes A320, A330 et A350 (neufs et retrofit), Airbus ayant sélectionné le produit Thales ainsi que son concurrent développé par le constructeur américain Honeywell. Soit deux ans après la finalisation de l’acquisition de Cobham AeroComms, attendue au premier semestre 2024. Mais, Yannick Assouad réfléchit déjà au futur programme qui pourrait être lancé par Airbus d’ici 2027-2028 pour une entrée en service d’ici 2035. Elle voit dans cet avion conçu à partir d’un ” Papier blanc “la possibilité de créer « des fonctions beaucoup plus automatisées » que pour les appareils actuels.

A plus long terme, Yannick Assouad n’oublie pas non plus les Single Pilot Operations (SPO), c’est-à-dire la possibilité de n’avoir qu’un seul pilote dans le cockpit, entièrement assisté par l’ordinateur de bord. Mais elle sait que le chemin vers l’acceptation est encore long, tant du côté des pilotes que des passagers.

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV Grand succès de la deuxième édition
NEXT HTEC investit dans des équipes 100% compétentes en intelligence artificielle, ou comment assurer l’excellence à l’ère de l’IA