pénuries, ventes en ligne, frais… les raisons du mécontentement

pénuries, ventes en ligne, frais… les raisons du mécontentement
pénuries, ventes en ligne, frais… les raisons du mécontentement

«On n’écoute pas beaucoup les pharmaciens» regrette Denis Millet, coprésident de Loire-Atlantique de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). C’est dans cet esprit que 90 à 95 % des pharmaciens descendront dans la rue pour mener une grève nationale, ce jeudi 30 mai 2024.

Ils réclament entre autres une augmentation significative de la valeur, déplorent que le problème de pénurie de médicaments persiste et s’opposent fermement à la libéralisation de la vente en ligne.

Aucune revalorisation depuis 2017

“On n’a pas eu de revalorisation depuis 2017, quand on voit toute l’inflation depuis, c’est monumental” déplore Matthieu Joubert, président régional de Touraine de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). L’objectif des grévistes est d’obtenir une augmentation significative des honoraires.

Les dernières négociations avec la Caisse nationale d’assurance maladie n’ont pas abouti. “Les propositions qui sont faites sont un peu insultantes, humiliantes selon les pharmaciens” dit Denis Millet. La proposition de revalorisation de l’assurance maladie dévoilée lors de la dernière réunion multilatérale du jeudi 16 mai 2024 est “inférieur” au milliard d’euros supplémentaire par rapport à 2019 que les syndicats espéraient, pour le réseau, en 2025.

Les pharmaciens se sentent encore plus négligés par l’État après leurs efforts pendant le Covid-19 : « Tout ce qu’on nous demandait de faire, nous l’avons fait » se souvient Denis Millet. Outre cette demande de revalorisation, les syndicats réclament également une amélioration des conditions de travail.

Une pénurie durable de médicaments

Le manque de stock remonte au Covid-19. Depuis, peu de choses ont changé, les pharmaciens ont encore du mal à trouver les médicaments inscrits sur les ordonnances. « Nous nous rendons compte que chaque année, la situation empire. » note Matthieu Joubert.

Un travail excessif qui coûte du temps. « Les problèmes de pénurie de médicaments demandent beaucoup d’énergie, car il faut essayer de commander, trouver, rassurer les patients, trouver des solutions avec les médecins » mentionne Denis Millet.

D’où vient ce problème de réapprovisionnement en médicaments ? Après le Covid, les usines chinoises ont eu du mal à redémarrer. Autre facteur selon Matthieu Joubert, le faible prix des médicaments en France : « Nous savons qu’en Asie, la consommation de médicaments est plus importante. À partir du moment où on a des prix parmi les plus bas d’Europe, les fabricants vendent là où c’est un peu plus cher, donc la France n’est pas prioritaire dans les approvisionnements ».

La libéralisation de la vente en ligne contestée

Le dernier élément qui contrarie les pharmaciens est le projet de loi du député Renaissance Marc Ferracci, dans lequel l’élu des Français de l’étranger évoque la possibilité de libéraliser la vente de médicaments en ligne. Une contradiction selon Matthieu Joubert, “on voudrait limiter la consommation de médicaments en France, mais on fait tout pour l’encourager”.

Actuellement, les pharmaciens peuvent vendre leurs produits en ligne, mais l’arrivée de nouveaux acteurs les inquiète. Ils craignent notamment de voir les géants du secteur prendre le relais. « Pourquoi Amazon ne le ferait-il pas ? » demande Denis Millet.

« C’est un risque sanitaire, sachant qu’il y aura moins de contrôle, il n’y aura pas de conseil du pharmacien. Les médicaments ne sont pas anodins, ce n’est pas un produit de consommation comme les autres, ils doivent être encadrés »insiste Matthieu Joubert.

Pour Denis Millet, les patients n’ont rien à gagner de la libéralisation de la vente en ligne. Les médicaments non remboursés représentent une petite partie de la consommation française. “Avec les frais de port en plus, ils n’ont rien à gagner”il ajoute.

Le coprésident de Loire-Atlantique de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) soulève également un paradoxe. Selon lui, la vente en ligne concerne davantage les zones urbaines comptant de nombreuses pharmacies que les zones rurales qui peuvent en manquer. « La plupart de ceux qui consomment ainsi sont des jeunes dynamiques qui sont en ville avec une pharmacie à 300 m de chez eux ».

Les prochaines discussions entre les syndicats et la Caisse nationale d’assurance maladie auront lieu début juin.

 
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