À Rennes et à Paris, deux visions du street art – .

« Mind », photographie d’une pièce de panneau sur un wagon de Ferrovia Norde en 2019, dans l’exposition « Aérosol, une histoire de graffitis », au musée des Beaux-Arts de Rennes. MUCEM/MARIANNE KUHN

L’encre en spray est l’essence même du graffiti. L’exposition « Aérosol, une histoire du graffiti » au Musée des beaux-arts de Rennes revient sur les années où cet outil de poche discret et pratique, la bombe aérosol, s’est imposé dans les pratiques urbaines pour donner naissance à ce mouvement en France au début des années 1980. L’utilisation de cette « peinture à bouton-poussoir », commencée dans les années 1950 pour un usage domestique, est détournée. Exposition au sein de l’exposition consacrée à cet objet, avec près de 280 modèles, un préambule chronologique propose une introduction originale et inédite, suivie d’une seconde, confiée à l’artiste et historienne de l’art Camille Gendron, sur le potentiel artistique de la peinture projetée, rendus et schémas à l’appui.

Claude Costa couvrant les publicités de la station de métro Temple à Paris en 1984.

Claude Costa couvrant les publicités de la station de métro Temple à Paris en 1984. ROSINE KLATZMANN

La suite est une plongée dans les rues de Paris, les premiers usages, sans visée artistique : pour des slogans, des revendications ou des inscriptions potaches. Un phénomène qui va s’amplifier avec Mai 68 et sa vague d’inscriptions et de pochoirs politiques, et s’ouvrir à toutes les causes dans les années 1970. Parallèlement, des artistes s’intéressent à ce type d’expression vernaculaire, notamment chez les nouveaux réalistes, comme Raymond Hains, qui récupère des affiches couvertes d’inscriptions, quand d’autres s’emparent de la bombe aérosol dans le paysage urbain : André Cadere, Ben ou le pionnier de l’art urbain Zlotykamien.

Le rock et le punk rock se l’approprient à des fins promotionnelles : le groupe Diesel écrit son nom partout à Paris, le guitariste des Araignées du soir, Epsylon Point, devient une figure importante de cette culture. On y voit Miss.Tic, bombe aérosol à la main, avec les Béruriers noirs et les Porte-Mentaux. Et en septembre 1981, les Clash, en résidence d’une semaine à Mogador, font venir de New York Futura 2000, qui peint sur scène pendant les concerts : c’est la première fois qu’un écrivain de graffitis L’américain est présent en France.

Vif et accessible

L’exposition interroge les premières traces de cette influence américaine, des premiers articles de presse aux premiers livres de photos, mais le véritable tournant intervient avec le New York City Rap Tour, tournée mondiale organisée en 1982 qui passe par Paris, Lyon, Metz, Belfort, Mulhouse (Haut-Rhin), Strasbourg, Londres et Los Angeles (États-Unis), et scelle l’alliance du graffiti dans la culture hip-hop, aux côtés du rap et du breakdance.

Lire l’histoire (2023) : Article réservé à nos abonnés André Cadere’s Bar Art at the Palais de Tokyo

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Au milieu des années 1980, des formes artistiques se cristallisent et se diffusent, parmi lesquelles les pochoiristes, auxquels sont consacrés des focus monographiques : Blek le Rat, Jef Aérosol, Miss.Tic. Ou d’autres, tombés dans l’oubli : Captain Fluo, Marie Rouffet, Surface Active… Ou encore ceux qui pratiquent le graffiti pictural à la bombe de peinture à main levée, comme Epsylon Point, les VLP, mais aussi Costa, qui se laissait enfermer dans les couloirs du métro la nuit pour détourner les publicités par des dessins et inscriptions humoristiques.

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