le cri d’alarme d’un photographe face au réchauffement climatique

Le Déluge est l’image d’une ultime catastrophe qui pèse sur nos têtes et menace d’anéantir toute l’humanité. Son histoire et tout ce qu’elle porte nous reviennent aujourd’hui avec force. Et si la « catastrophe des désastres » entraînait le besoin d’une prise de conscience collective ?

Cette histoire a traversé les époques. Elle se transmet de génération en génération, comme une relique sacrée. Cela nous confronte aux défis et aux transformations auxquels nous sommes confrontés. L’explorateur Jean-Louis Étienne a mené de nombreuses expéditions scientifiques en Antarctique. Ce grand défenseur du continent blanc a vu de près l’accélération de la fonte des calottes polaires.

“Le Déluge” de Léon-François Comerre, 1911.

©DR

« L’Antarctique est notre réserve. Elle détient 80 % de notre eau douce et joue un rôle essentiel pour le climat. Ce continent qui n’appartient à personne doit être protégé. Elle fait 28 fois la taille de la France et est recouverte de 5 000 mètres de glace. Tout autour, c’est une grande maternité : des albatros, des phoques, des éléphants de mer y naissent. Leur vie est désormais menacée par les glaciers qui s’effondrent car leurs remparts, les icebergs, fondent et ne jouent plus leur rôle. Le processus a commencé, il n’y a pas de retour en arrière possible. Facilitez seulement l’accélération. »

Thwaites, « le glacier de l’Apocalypse »

Actuellement, c’est le Thwaites, surnommé « le glacier de l’Apocalypse », qui est au centre des inquiétudes. Le plus grand glacier du monde commence à se fissurer, et s’il venait à fondre, le niveau de l’eau passerait de 65 centimètres à 3 mètres. « La machine climatique est déréglée, poursuit Jean-Louis Étienne. C’est une rupture avec les cycles climatiques naturels. Nous n’avons ni contrôle ni contrôle sur cela. Le réchauffement perturbe le cycle de l’eau et de l’air, entraînant des pluies torrentielles, des moussons plus intenses et des tempêtes plus fréquentes et plus fortes qui frapperont la Terre dans les années à venir. »

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

En Asie, de juin à septembre, les moussons si importantes pour l’agriculture se sont transformées en catastrophes climatiques. Ils noient des villages, détruisent des habitations, entraînent des déplacements de populations. L’été 2023 a vu 100 000 personnes déplacées au Pakistan, 48 000 en Birmanie avec des pluies qui ont fait plusieurs centaines de morts.

Le reste après cette annonce

Le phénomène est exponentiel

« Le niveau des eaux a augmenté en trente ans aussi vite que tout au long du siècle dernier et le phénomène est exponentiel » : c’est la triste conclusion de la chercheuse en océanographie spatiale et collaboratrice du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) Anny Cazenave. . « Pour 2100, poursuit-elle, nous prévoyons une hausse de 1 mètre. »

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

« Le monde est un polder » pour reprendre l’expression des scientifiques. Soit un espace conquis sur les eaux et qui devient vulnérable. Il est urgent d’agir. Lors de la Cop26, en 2021, le ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, archipel proche de l’Australie, avait prononcé son discours en costume, les pieds dans l’eau, pour sensibiliser le monde entier, car 40 % du pays était déjà englouti. Les îles Maldives sont vouées à disparaître d’ici 2100.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l'humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l'œuvre de Gérard Rancinan.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

Un autre chiffre fait frémir : 60 % de la population mondiale vit près des côtes. C’est là que se trouvent la plupart des mégalopoles. Nous les pensions insubmersibles, mais ils sont cérémonieusement solides. « Beaucoup d’entre eux sont déjà menacés par la montée des eaux, souligne Anny Cazenave, mais en plus, ils ont tellement pompé d’eau dans les nappes phréatiques qu’elles s’enfoncent. »

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l'humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l'œuvre de Gérard Rancinan.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

Tokyo a coulé de 5 mètres. Depuis vingt ans, elle fait l’objet d’un travail titanesque pour endiguer le processus. Chaque année, Jakarta, la capitale indonésienne de 11 millions d’habitants, s’enfonce de 40 centimètres, et la décision a été prise de la déplacer sur l’île de Bornéo, située à 1 500 kilomètres de là. Changement ; déménagement; réfugiés climatiques : 250 millions de personnes devront s’exiler d’ici 2050, selon l’ONU.

La montée en puissance n’épargne aucun continent

Depuis plus de quarante ans, les scientifiques alertent sans être écoutés. Aujourd’hui, face à l’urgence, nous paniquons. C’est en Asie que les terres rétrécissent le plus : Bangkok, Shanghai, Ho Chi Minh Ville, Bangladesh, Indonésie… Mais la vague n’épargne aucun continent : Bassorah en Irak, Lagos au Nigeria. New York et Miami aux Etats-Unis… En Europe, Amsterdam, Rotterdam, Londres, Venise et la côte ouest de la France, de l’Aquitaine aux Hauts-de-France. Autant de villes qui pourraient se réduire à une nouvelle Atlantide.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l'humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l'œuvre de Gérard Rancinan.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

La navigatrice Catherine Chabaud a contribué à la création de la plateforme Océan & Climat qui favorise la réflexion et les échanges entre la communauté scientifique, la société civile et les décideurs politiques. Elle a tiré les leçons de ses expériences du Vendée Globe, ce tour du monde en solitaire sur un bateau pas plus épais qu’une feuille de carbone : « Une vague de 15 mètres s’est abattue sur moi et a failli m’emporter. C’est une métaphore de l’accablement que nous vivons. Lorsque les éléments devant nous sont très puissants, nous pensons toujours au prochain mouvement. Nous anticipons. Nous utilisons nos outils et nos connaissances. Quand on arrive à s’en sortir, on se dit qu’on peut affronter beaucoup de choses. Ces expériences en mer m’ont appris que nous, les humains, avons un potentiel incroyable. Il ne faut pas lutter contre les éléments, mais faire avec eux. »

Un gigantesque mur a été construit au sud-est de Manhattan

Pluies et inondations sont l’occasion de repenser les villes de demain. Les mégapoles prennent des mesures pour se protéger et innover. New York a tiré les leçons de l’ouragan Sandy en 2012 et un gigantesque mur a été construit au sud-est de Manhattan, protégeant la ville des inondations. Sillonnée par plusieurs rivières, la ville de Tokyo a construit d’énormes réservoirs souterrains qui réduisent considérablement les inondations.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l'humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l'œuvre de Gérard Rancinan.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

Venise possède une structure innovante qui la protège des marées hautes, « acqua alta ». Les Pays-Bas, dont un tiers du territoire se trouve sous le niveau de la mer, sont l’un des pays pionniers en matière d’aménagement côtier. En quarante ans, ils ont lancé des projets titanesques : création d’une péninsule sur la côte ouest ; la plus grande digue du monde au nord ; Des barrières géantes à l’entrée de Rotterdam… Aujourd’hui, les innovations néerlandaises sont scrutées par le monde entier.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l'humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l'œuvre de Gérard Rancinan.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

C’est une vision positive que de nombreux urbanistes ou architectes tentent aujourd’hui de développer. Le Néerlandais Koen Olthuis travaille avec son cabinet d’architectes Waterstudio sur le concept d’aquacité : « Nous devons nous résoudre à l’idée de rendre à la mer une grande partie de notre territoire. Si nous manquons d’espace sur terre, la mer est immense. La ville flottante nous permet d’agrandir notre superficie sans nuire à l’écosystème. En mouvement, il vit au rythme de la montée des eaux et des saisons. En hiver, la ville peut se refermer sur elle-même et se protéger du vent et du froid. L’été au contraire, il s’ouvre, profite de l’eau, se dirige vers les terrasses flottantes, il aère et laisse entrer l’air. »

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l'humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l'œuvre de Gérard Rancinan.

De tous âges et de toutes origines, les personnages de « Le Déluge » symbolisent l’humanité, dont la vulnérabilité est au cœur de l’œuvre de Gérard Rancinan.

© Gérard Rancinan

Koen Olthuis ne veut pas s’arrêter là. La ville flottante est pour lui une « aqua-utopie », l’opportunité de réinventer la ville de demain : « L’objectif est d’améliorer les modes de vie en ville grâce à la vie sur l’eau. »

Aucune de ces solutions ne suffira à elle seule, mais chacune d’elles est une arche de Noé. Le seul obstacle à toutes ces adaptations sera d’ordre financier. Mais aurons-nous vraiment le choix ?

« Le Déluge », de Caroline Gaudriault éd. Paradoxe, 144 pages, 25 euros.

« Le Déluge », de Caroline Gaudriault éd. Paradoxe, 144 pages, 25 euros.

©DR

 
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