Le peintre Augustin Rouart mis en lumière par son fils, l’académicien Jean-Marie Rouart

Le peintre Augustin Rouart mis en lumière par son fils, l’académicien Jean-Marie Rouart
Le peintre Augustin Rouart mis en lumière par son fils, l’académicien Jean-Marie Rouart

Tout le prédestinait à la peinture. Par sa famille, Augustin Rouart, né en 1907 à Paris, est le petit cousin des frères Manet, sa mère, Christine Lerolle, est la fille du marchand d’art et collectionneur Henri Lerolle, l’un des premiers à s’émerveiller devant l’impressionnisme. Augustin a découvert les peintures de ses contemporains sur les murs des maisons familiales à Paris ou au Domaine du Mesnil et peut se targuer d’avoir fait peindre un portrait de sa mère et de sa tante par Renoir en 1892… Mais le voici : en grandissant entouré de chefs-d’œuvre, a-t-on forcément envie de faire la même chose ? Pour Augustin Rouart, la tangente était la solution évidente, lui qui avait Holbein ou Dürer pour maîtres.

Direction Trouville-sur-Mer et le sublime musée de la Villa Montebello, auquel Jean-Marie Rouart a prêté de nombreux tableaux pour faire connaître l’œuvre de son père décédé en 1997. Sous la houlette de Karl Laurent, le directeur de la Villa Montebello, l’exposition « Augustin Rouart, dans son monde… » est une petite merveille. Pendant près de soixante ans, Augustin Rouart ne s’écarte pas de la peinture figurative. Dans trois salles thématiques (paysages, portraits et natures mortes), on découvre avec bonheur une manière unique de figer le temps.

« Le nageur », aquarelle, 1943.

©Collection Augustin Rouart

Augustin Rouart lorgne, au fil des années, sur David Hockney et Nicolas de Staël

Jean-Marie ou son frère Daniel ont été des modèles disciplinés durant leur enfance, tandis que Juliette, leur mère, est souvent prise dans son sommeil. Picturalement, Augustin Rouart s’est davantage tourné, au fil des années, vers David Hockney pour son traitement des couleurs et Nicolas de Staël pour son attrait pour la lumière, que vers les impressionnistes qui pimentaient la vie de sa famille. « Mon père n’avait aucun sens social, raconte Jean-Marie Rouart, ce n’était pas un homme de gens.

Mais le peintre a besoin d’une vie mondaine pour exister, ne serait-ce que pour obtenir des commandes. » Augustin mène donc une vie d’artiste dans l’ombre, sans jamais se décourager. « Son combat, poursuit Jean-Marie, il l’a mené contre Holbein, car il savait bien qu’il était « un autre peintre de la famille » avec tout ce que cela impliquait. Mais je l’ai toujours vu rechercher la perfection dans son art. Il n’a jamais dévié de sa ligne. » Lorsqu’en 1947 Augustin et Juliette durent confier Jean-Marie à des amis résidant à Noirmoutier, il compose une bande dessinée pour son jeune fils.

« Puis il arrêtera de peindre pendant cinq ans. » Ce n’est qu’à la naissance de sa fille qu’Augustin reprend ses pinceaux, laissant transparaître sa mélancolie dans ses toiles les plus lumineuses… A peine nommé à la tête du « Figaro littéraire », Jean-Marie peine à organiser la première grande exposition de Augustin, qui, à 80 ans, peut enfin bénéficier d’une visibilité de son œuvre par le grand public. Dix ans plus tard, il décède deux jours avant l’élection de son plus jeune fils à l’Académie française.

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Mon père n’était pas un intellectuel, il détestait les discussions houleuses, détestait Malraux par exemple

Jean-Marie Rouart

“Mon père n’était pas un intellectuel, il n’était pas passionné de politique, il détestait les discussions houleuses, détestait Malraux par exemple”, selon Jean-Marie Rouart, qui ajoute malicieusement qu’il prenait exactement le contre-pied de son géniteur. « Il était très janséniste, je suis très jésuite. » Mais, dans une même lignée, père et fils ont néanmoins consacré leur vie respective aux arts. «Je souhaite faire connaître son travail car je crois en sa beauté et sa qualité. Dans son « Nageur » par exemple, on retrouve les influences des primitifs italiens ainsi que de l’Art Déco, et c’est exceptionnel. »

Difficile de remettre en cause l’objectivité filiale de Jean-Marie Rouart qui, au crépuscule de sa propre existence, rend finalement le plus bel hommage à son père. Manifestation soutenue par la comédienne Louise Bourgoin, ancienne élève des Beaux-Arts tombée amoureuse de quatre tableaux d’Augustin Rouart, qu’elle a acquis. « C’est comme si le peintre, écrit l’actrice dans le catalogue, nous murmurait « la vie est belle quand elle est simple ». Cela contraste avec ce que l’on sait de sa mélancolie. Il utilisait l’art comme antidote au malheur. Il a choisi d’être heureux artistiquement lorsque la vie l’a déçu. » A Trouville, c’est sûr, Augustin Rouart aurait souri.

« Augustin Rouart dans son monde, avec Julie Manet, Berthe Morisot, Maurice Denis… » jusqu’au 22 septembre au musée de la Villa Montebello (Trouville-sur-Mer)

©DR

 
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