Photographie sportive | Les sportifs dans le viseur de Bernard Brault depuis près de 50 ans

Photographie sportive | Les sportifs dans le viseur de Bernard Brault depuis près de 50 ans
Photographie sportive | Les sportifs dans le viseur de Bernard Brault depuis près de 50 ans

Bernard Brault est la référence en photographie sportive au Canada. La preuve : deux jours après que Sportcom soit allé à sa rencontre pour partager sa passion, le Longuilois s’est rendu à Rideau Hall pour recevoir le titre de Membre de l’Ordre du Canada.

Dans son bureau de travail, il est difficile de voir la couleur des murs tant ils sont couverts de diplômes honorifiques et de prix remportés lors de concours. Quelques photos sportives marquantes de ses près de 50 ans de carrière ornent les murs, mais aussi du monde politique et artistique, comme en témoignent les portraits de René Lévesque et de Yoko Ono. Et c’est sans parler de ses archives qui contiennent tous ses négatifs, diapositives et plus de 165 albums de ses publications imprimées dans différents journaux, conservées dans une autre pièce.

Un bavoir de photographe est posé sur le dossier de sa chaise de bureau et c’est avec une tasse de café qui ressemble à un objectif d’appareil photo qu’il a pris le temps de répondre à nos questions.

C’est son ami, l’ancien ouvrier et champion olympique de 1994 Jean-Luc Brassard, qui résume probablement le mieux le travail du photographe : « Qu’on soit au Mont Sutton ou aux Jeux olympiques, il n’y a aucune différence. Son intention de prendre de belles photos est absolument la même. »

«C’est tellement bien dit», dit le principal concerné lorsqu’on cite la remarque du Mogul Boss, même s’il concède qu’il y a plus de pression aux Jeux olympiques qu’à la station de ski de l’Estrie.

Bernard Brault a couvert 13 Jeux olympiques pendant - en plus d’avoir suivi les circuits sportifs professionnels de Montréal. Il reviendra à Paris l’été prochain en tant que photographe indépendant pour le Comité olympique canadien.

Préparation + chance = photo emblématique

Il y a quelques mois, le photographe commentait sur son compte Instagram que ses deux photos sportives emblématiques étaient celle du saut kozak de Jean-Luc Brassard réalisé lors de sa descente olympique victorieuse en 1994, ainsi que celle de Patrick Roy, les bras dans les bras. » lance-t-il, lors de son dernier match avec les Canadiens de Montréal, dans un triste souvenir d’une cinglante défaite subie face aux Red Wings de Détroit.

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PHOTO BERNARD BRAULT

Le kozak de Jean-Luc Brassard aux Jeux olympiques de 1994

La photo de Brassard à Lillehammer a failli ne jamais être prise. Le thermomètre indiquait -20 degrés et gelait l’appareil photo du photographe. Impossible de prendre des photos en mode rafale.

« Il m’a dit qu’il ferait ce saut en bas. Je commence (à photographier) et je vois que ça ne marche pas. J’ai feuilleté la boîte et au moment où elle faisait son kozak, j’ai réussi à l’attraper. Ensuite, j’ai eu sa réaction au bas de la piste. […] A cette époque, avec la mise au point manuelle et une pellicule 36 vues, il fallait vraiment y être ! »

Le reste appartient à l’histoire.

Comme le mentionne le photographe, il avait préalablement discuté avec l’ouvrier pour savoir ce qu’il comptait faire lors de sa descente afin de trouver un emplacement optimal pour filmer l’action à plus de 10 images par seconde. La connaissance du sport est également un élément essentiel en matière de scoutisme.

Aux Jeux olympiques, cette manœuvre se répète quinze jours d’affilée, par temps froid ou par chaleur accablante selon les saisons, le tout en transportant des kilos de matériel dans des bus bondés d’un site de compétition à l’autre. autre.

« Les JO, il faut arriver en forme. Je peux dire que je perds quelques kilos une fois terminés car ce n’est pas un horaire régulier. Tu manges quand tu peux. »

Le photographe est un témoin privilégié de l’action, mais paradoxalement, il en est aussi isolé.

« Il faut rentrer dans sa bulle et capter l’émotion. Je ne dis pas que je n’ai pas d’émotions. C’est arrivé lors de funérailles ou, je m’en souviens très bien, lors de la dernière descente de Jean-Luc Brassard aux Jeux olympiques de Salt Lake City (2002), lorsqu’il serrait sa sœur dans ses bras. C’était très émouvant pour moi et j’ai ressenti pour lui la fin d’une carrière. C’est l’athlète que j’ai photographié le plus souvent. J’étais là lors de sa première Coupe du monde au Mont Gabriel en 1991, aux Jeux de Lillehammer, Nagano et Salt Lake City. »

Bernard Brault entretient également une relation privilégiée avec le monde du ski acrobatique, sport qu’il commence à photographier à la fin des années 1970.

« Les athlètes de ski acrobatique sont des gens simples, pas compliqués et jamais hautains. C’est définitivement mon sport préféré à couvrir. Les athlètes sont bien plus accessibles qu’en Formule 1 par exemple. »

C’est lui qui a pris la photo que l’ouvrier Mikaël Kingsbury a mise en ligne, il y a une dizaine de jours, pour annoncer que lui et sa compagne attendaient l’arrivée de leur premier enfant.

La révolution numérique

Des années 1970 aux années 2020, le métier de photographe subit un choc technologique marqué par l’arrivée de la photographie numérique. Bernard Brault a commencé à délaisser la photographie argentique pour le numérique lors des Jeux olympiques de Nagano en 1998. Cela lui a permis d’envoyer plus rapidement ses images au bureau de photographie. - au lieu de retourner au centre de presse pour faire développer vos films… et éventuellement rater les délais à cause du décalage horaire.

Il se plonge avec enthousiasme dans cette évolution technologique. Même chose avec les drones pour photographier depuis les airs, des outils qu’il maîtrise depuis maintenant quatre ans.

« Cela ne m’a pas fait peur et je n’ai jamais regardé en arrière. Je n’ai pratiquement pas fait de film depuis le début des années 2000. Je ne veux pas revenir en arrière et je me contente du numérique. Ça avance, les appareils sont tellement efficaces ! »

Aujourd’hui, les photos prises lors d’une finale olympique se retrouvent dans les banques d’images des grandes agences internationales en moins de 5 minutes. Cette accélération du processus a également rendu plus éphémère la durée de vie d’une photo. Instagram a donné un nouveau souffle à la photographie, mais la vidéo a pris le dessus avec l’arrivée de réel.

« Les gens regardent le compte Instagram et je ne sais même pas s’ils regardent toutes les photos. Le premier doit vraiment être percutant. […] Il reste encore de bonnes photos et les gens les apprécient. Peu importe combien vous regardez des vidéos, vous ne vous en souviendrez peut-être pas, mais une photo laissera une impression sur votre imagination. »

Capturez l’émotion et l’instant. Ce petit instant, capté à travers son œil, alimente sa flamme qui continue de brûler, même après toutes ces années.

 
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